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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
A la fin du mois de décembre, les parties en guerre en République
démocratique du Congo (RDC) ont conclu un accord de partage
du pouvoir alors que les dernières troupes étrangères
appuyant le gouvernement ou les groupes rebelles se préparaient
à se retirer de ce vaste pays des Grands Lacs riche en minéraux.
Le dernier accord prévoit un gouvernement d’union nationale
et met fin à quatre ans de guerre civile qui ont ruiné
le pays et tué des milliers de personnes.
L’accord de paix -- conclu après une série de
pourparlers en pointillés à la suite du dialogue inter-congolais
qui s’est tenu en avril à Sun City en Afrique du Sud
-- a maintenu le Président Joseph Kabila à son poste
pour deux années supplémentaires. Au cours de cette
période, quatre vice-présidents, émanant de
l’opposition armée et non armée, se prépareront
aux premières élections de la RDC depuis l’indépendance
en 1960. A la fin de l’année, les signataires du traité
se penchaient sur une nouvelle constitution qui devrait sauvegarder
les libertés fondamentales, y compris la liberté d’expression
et de la presse.
Bien que les observateurs se soient félicités de ce
traité mémorable, nombre de Congolais n’ont
pas été impressionnés, y compris les journalistes
chez qui la tiédeur des tentatives de paix a suscité
beaucoup de cynisme. Nombre de journalistes de la RDC affirment
que tout accord viable devrait exiger des politiciens qu’ils
s’engagent à respecter les droits des reporters. Dans
le contexte actuel toutefois, il est peu probable que cette promesse
voie le jour. Bien que dans l’ensemble, le nombre total d’attaques
à l’encontre des journalistes aient baissé avec
la fin de la guerre, les conditions restent difficiles. En 2002,
la plupart des abus contre la presse ont été perpétrés
par le gouvernement de Kabila et les deux factions du Rassemblement
pour la démocratie congolaise (Rally for Congolese Democracy
-- RCD), rebelle, qui contrôle le Nord-Est de la RDC.
Le 9 décembre, les rebelles de la faction du RCD appuyée
par le Rwanda ont fermé les bureaux de Radio Maendeleo, une
service communautaire de radiodiffusion dans la ville de Bukavu
au nord-est du pays, et ont arrêté le directeur de
la station, Kizito Mushizi Nfundiko et son chef de la programmation
des informations, Omba Kamemgele. Apparemment, les rebelles ont
été irrités par un bulletin d’informations
de Radio Maendelo du 7 décembre qui avait diffusé
des extraits d’interviews de citoyens très critiques
du nouveau régime fiscal de la zone RCD qu’ils estimaient
néfaste à l’économie de la région
déjà mal en point. Les journalistes ont été
relâchés le 11 décembre.
Quelques mois auparavant, le 26 septembre, les rebelles du RCD ont
arrêté plusieurs journalistes de Radio Uvira, une radio
privée basée dans la province du Sud-Kivu, parce que
le vice-gouverneneur de la province avait pris ombrage d’un
programme d’informations qui qualifiait les conditions de
vie dans cette région de « moribondes ».
Dans la capitale, à Kinshasa, les soldats du gouvernement
ont enlevé l’avocat des droits de l’homme Sébastien
Kayembe le 15 octobre, ont brûlé sa voiture et l’ont
emmené aux environs de la ville où ils l’ont
battu et laissé pour mort dans un caniveau. Kayembe a survécu
à l’attaque qui a eu lieu parce qu’il avait demandé
aux autorités de punir un gardien de prison accusé
de torturer deux de ses clients, les journalistes Delly Bonsange
et Raymond Kabala, du quotidien Alerte Plus. Tous deux avaient été
arrêtés en juillet pour avoir déclaré
de manière erronée que le Ministre de l’ordre
public et de la sécurité, Mwenze Kongolo, avait été
empoisonné. Le journal a vainement fait paraître une
correction le jour suivant. En septembre, un tribunal de Kinshasa
les a accusés « d’accusations diffamatoires »
et de « falsification d’un document public » et
les a condamnés à la prison. Bosange a été
relâché le 3 décembre ; Kabala est encore en
prison, l’un des deux seuls journalistes congolais à
purger encore leur peine à la fin de l’année
alors que trois douzaines étaient détenus en 2002.
Il y a deux ans, au plus fort du conflit armé, la Cour d’Ordre
Militaire (COM) de la RDC, une institution secrète dont les
décisions ne peuvent faire l’objet d’un appel,
est devenue le principal organe d’exécution de l’Article
78 de la Loi sur la presse de 1996 qui impose la peine de mort pour
tout reporter accusé de haute-trahison en temps de guerre,
d’insulter l’armée, de démoraliser le
pays ou de diffuser des informations erronées. Les autorités
ont habituellement gracié certains reporters accusés
par la COM avant qu’ils ne soient exécutés.
La COM fera à nouveau les gros titres au début de
2003 lorsqu’elle entendra les arguments de clôture du
procès de 130 personnes accusées d’avoir participé
à l’assassinat en janvier 2001 du père de Joseph
Kabila, Laurent-Désiré Kabila, à l’époque
Président. Tous les accusés, qui incluent les conjoints,
les enfants et les parents des suspects eux-mêmes, ont plaidé
non coupables. Les verdicts ont été reportés
jusqu’en janvier 2003 et les médias ont été
exclus de la plus grande partie du procès.
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