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LA GAMBIE

L’Alliance pour la réorientation patriotique et la construction (Alliance for Patriotic Reorientation and Constructio n -- APRC) en place en Gambie a remporté une victoire écrasante lors des élections parlementaires de la mi-janvier et a obtenu 52 des 55 sièges de l'Assemblée national, ce qui a renforcé le régime du Président Yahya Jammeh. Les principaux partis de l'opposition ont boycotté le scrutin et ont crié à la fraude électorale. Jammeh et l’APRC ont utilisé leurs pouvoirs renouvelés pour imposer le silence aux voix de l'opposition et aux médias indépendants.

Les autorités ont justifié leur relation conflictuelle avec les journalistes en accusant la presse indépendante de faire preuve d'irresponsabilité et de sensationnalisme et de jouer le rôle de porte-parole de l'opposition. Dans une interview en janvier, Jammeh a déclaré aux Daily Observer -- un quotidien généralement favorable à l’APRC -- qu'il « n’était pas contre les médias » qu'il a assimilés à un « cheval mort et pourri. » Le Président a affirmé que la presse gambienne tentait de s’attirer les faveurs de la communauté internationale en critiquant le gouvernement et en répandant des mensonges sur lui.

Les journalistes ont protesté contre les accusations de préjugés portés contre eux par l’APRC et ont déclaré que l'obstacle le plus important pour les médias indépendants était le refus des autorités à donner accès à l’information officielle. Du fait de que les représentants du parti dirigeant refusent régulièrement d’être interviewés, avancent les journalistes, les membres de l'opposition jouissent d’une plus large couverture. Les membres des médias privés reconnaissent néanmoins leurs insuffisances et avouent que l'absence de formation professionnelle se traduit par la médiocrité des reportages.

Lors du colloque de l’Union de la presse gambienne (Gambia Press Union – GPU) en février, les journalistes indépendants ont réclamé la création d'un organe de réglementation déontologique composé de professionnels des médias de même que la création d'une école de journalisme au sein de l'Université nationale de Gambie afin d'assurer un plus grand professionnalisme et une meilleure formation.

L’APRC a néanmoins tiré parti de son quasi-monopole législatif pour adopter à la fin du mois de juillet une législation répressive qui impose une commission réglementaire aux médias. Jammeh a signé la mesure au début du mois d'août. La loi porte création d'une commission qui élaborera un code de conduite pour les médias privés, fixera les normes du contenu et de la qualité du matériel publié et radiodiffusé, tiendra un registre de tous les professionnels et organisations des médias et se prononcera sur les plaintes déposées contre les journalistes et les organisations de médias.

La commission est habilitée à délivrer des mandats d'arrêt aux journalistes qui ignorent les assignations à comparaître, en plus d’avoir le pouvoir de forcer les journalistes à révéler leurs sources. La commission exigera de tous les journalistes et organisations de média qu'ils obtiennent une licence renouvelable d'un an, et imposera aussi une amende minimum de 5.000 dalesis (225 dollars E.U.) à ceux qui n’obtempèrent pas. Les journalistes qui ne paient pas l’amende peuvent être suspendus pour neuf mois ; les organisations de média peuvent être suspendues pour trois mois.

La commission peut aussi condamner les journalistes coupables de désobéissance à une peine de prison qui peut aller jusqu'à six mois. Parmi les délits, souvent très vagues, qui figurent dans la loi, on trouve la publication ou la radiodiffusion « d’un texte, d'une caricature, d’une bande dessinée ou d'une image dérogatoire, méprisante ou insultante contre toute personne ou autorité ». Bien que les autorités aient dit que la loi mettrait fin au journalisme sensationnaliste dans le pays, les journalistes gambiens et les défenseurs des droits des médias critiquent durement la législation et affirment qu'il s'agit d'une tentative pour museler la presse indépendante.

En 2002, les forces de sécurité de l'Etat ont aussi harcelé les journalistes. Les représentants de l'Agence nationale de renseignement (National Intelligence Agency -- NIA) ont arrêté le correspondant de la BBC Ebrimah Sillah au début du mois de juillet après qu'il a fait état de tensions entre la Gambie et son voisin la Guinée-Bissau. Les agents de la NIA ont détenu Pa Ousman Darboe, l'un des principaux reporters du bi-hebdomadaire privé The Independent, pendant trois jours au début du mois d’août parce qu'il y avait écrit un article sur le remariage du vice-président du pays. Et Guy-Patrick Massoloka, journaliste congolais pour la Pan African News Agency, a été tenu au secret sans avoir été accusé pendant près de deux semaines à la fin du mois de juillet. Les autorités ont accusé Massoloka de travailler avec une publication qui ne détient pas de licence.

L’une des stations de radio la plus populaire de Gambie, Citizen FM, est restée fermée au cours de l’an 2002. Les autorités ont condamné la station en 2001 pour non-versement d’arriérés fiscaux, un prétexte selon les journalistes locaux, pour punir la station d'avoir diffusé des informations critiques émanant de sources indépendantes. Ce qui a été corroboré en 2002 par le fait que la station n’a pas été autorisée à réouvrir, même après avoir payé ses arriérés fiscaux.