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LA NAMIBIE

Dans un remaniement surprise du cabinet à la fin du mois d’août, le Président Sam Nujoma s’est désigné Ministre de l’information et de la radiodiffusion pour, a-t-il dit, « régler les problèmes » de la Société de radio-diffusion namibienne (Namibian Broadcasting Corporation -- NBC), le plus grand organe de presse du pays.

La NBC, qui a souffert d’une corruption endémique et d’une gestion désastreuse, a fait les grands titres des journaux toute l’année avec l’aggravation de sa crise financière. Alors que les politiciens promettaient que des « têtes allaient tomber » dans le cadre d’une restructuration générale de la société, les employés de la NBC se demandaient si leur poste dépendait de leur affiliation politique.

Nombre d’observateurs estiment que la prise de contrôle du portefeuille de l’information par le Président avait également pour but de resserrer son étreinte sur les médias de l’Etat afin d’ influencer l’opinion publique sur sa gérance de l’Organisation populaire du Sud-Ouest de l’Afrique (South West African People’s Organization -- SWAPO). Les commentaires de Nujoma que la NBC était à la solde de « l’ennemi » et « qu’en tant que journalistes, nous devons tous défendre la Namibie » s’inscrivaient tout à fait dans sa rhétorique de plus en plus anti-colonialiste. Ces déclarations ont aussi alimenté les craintes qu’il tirerait parti de sa nouvelle position pour exercer une influence directe sur le contenu éditorial.

Le Président n’a pas attendu longtemps pour confirmer ces craintes. Le 30 septembre, Nujoma a ordonné à la NBC de ne plus diffuser de programmes étrangers qui contiennent de la violence ou des scènes osées – qui, a-t-il dit, « ont une mauvaise influence sur la jeunesse namibienne » – et de présenter plutôt des programmes qui montrent la Namibie sous un jour positif. Mais Mocks Shivute, secrétaire permanent au Ministère de l’information et de la radiodiffusion, a qualifié les rapports sur l’ingérence de Nujoma dans les opérations quotidiennes de la NBC de « rumeurs » et a déclaré que le Président jouait le rôle d’un « père responsable » en prodiguant des conseils au radiodiffuseur.

Les représentants de la SWAPO n’en ont pas moins continué à éveiller l’hostilité de la presse indépendante alors que les autorités maintenaient l’interdiction du The Namibian, le plus grand quotidien du pays, de solliciter la publicité dans ses pages par les agences gouvernementales.

Au début de 2002, le Premier Ministre Hage Geingob a accusé le rédacteur en chef du The Namibian, Gwen Lister, de pratiquer du« journalisme anti-patriotique » pour avoir critiqué sa description positive de la Namibie lors d’un colloque aux Etats-Unis. L’article de Lister, a déclaré Geingob, « ressemble fort à une tentative délibérée de faire dérailler les efforts considérables déployés pour mettre en valeur notre pays ». Après la publication d’un dessin qui montre Nujoma comme le chien de garde du Président du Zimbabwe Robert Mugabe dans l’édition du 6 septembre du The Namibian, la Ligue de la jeunesse du Parti SWAPO a préconisé une interdiction de toutes les insultes du Président et a menacé de prendre des mesures pour défendre Nujoma.

En mai, des membres des médias ont adopté un code de déontologie rédigé par des spécialistes des médias des secteurs public et privé. En outre, les journalistes ont désigné un nouveau médiateur des médias et élaboré un projet d’administration des médias qui sera axé sur les questions de préjugés éditoriaux. Un porte-parole du gouvernement s’est félicité de ces efforts d’auto-réglementation et a annoncé qu’ils contribueraient à « normaliser les relations parfois tendues entre les médias, le gouvernement et le public dans son ensemble ».

En février, la Commission permanente des affaires étrangères, de la défense et de la sécurité du Conseil national a recommandé un certain nombre d’amendements à un projet de loi sur la défense que beaucoup de journalistes ont accusé de restreindre la liberté d’expression. Les changements proposés incluent l’édulcoration d’un texte qui autorise la publication d’informations sur la défense dans l’intérêt public tout en limitant davantage la publication d’informations qui pouvant compromettre la sécurité des soldats. En dépit des protestations des partisans de la liberté de la presse, le texte d’une clause qui qualifie de délit la raillerie, la moquerie ou la diffamation d’un tribunal militaire n’a fait l’objet que d’un toilettage.

Le 30 octobre, le CPJ a publié un rapport spécial intitulé «Undoing Press Freedom in Namibia (L’anéantissement de la liberté de la presse en Namibie)», qui détaille les relations tendues entre Nujoma et les médias namibiens. Dans un communiqué de presse daté du 4 novembre, Shivute a nié que la prise de contrôle du Ministère de l’information et de la radiodiffusion par Nujoma ait nui à la presse namibienne et a déclaré que la décision avait été prise uniquement pour accélérer la réorganisation de la NBC. Shivute a accusé le rapport du CPJ de « faire dans le sensationnel» et de « compromettre au niveau national et international la réputation» du Président Nujoma et de son parti, la SWAPO.