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LE RUANDA
Bien que le Président du Rwanda soit à la tête
du pays depuis neuf ans, il a annulé en juillet les élections
prévues pour 2003 parce que son gouvernement était
encore « dans une phase de transition ». L’administration
Kagame est au pouvoir depuis près d’une décennie
et pourtant, elle n’a pas encore rédigé une
constitution capable de garantir les libertés les plus fondamentales.
C’est pourquoi, les journalistes ont peu de recours juridiques
lorsque le gouvernement réprime les médias. Par exemple,
les organes de presse ont été sévèrement
punis pour avoir couvert la lutte politique qui oppose actuellement
Kagame à celui qui fut autrefois son ami et allié,
l’ancien Président Pasteur Bizimungu qui est en prison
depuis 1999 pour avoir « créé un parti politique
ethnique ». A la fin du mois de janvier, les autorités
de la ville de Butarre ont arrêté Laurien Ntezimana
et Didace Muremangingo, respectivement directeur et rédacteur
en chef d’Ubuntu, une publication du groupe de la société
civile Association modeste et innocente. Les deux hommes ont été
interrogés sur les sympathies supposées d’Ubuntu
pour Bizimungu, puis relâchés sans avoir été
accusés.
Les autorités soutiennent que le parti que Bizimungu a tenté
de créer aurait pu raviver la haine ethnique au Rwanda où
les extrémistes de la tribu majoritaire hutu ont massacré
près de 800.000 Tutsis minoritaires en 1994. Des centaines
de Hutus modérés ont également été
assassinés pendant le génocide qui a été
appuyé et encouragé par la Radio Télé
des 1000 collines (RTLM) privée et le journal Kangura, entre
autres. Hassan Ngeze, le rédacteur en chef fondateur de Kangura,
est actuellement en procès au tribunal des Nations unies
à Arusha, en Tanzanie, pour son rôle dans le massacre.
Ferdinand Nahimana, l’ancien directeur de RTLM, et Jean-Bosco
Barayagwiza, l’un des fondateurs de RTLM, sont également
jugés. Selon les recherches du CPJ, un total de 15 journalistes
rwandais ont été tués pendant le génocide.
La date du verdict de cette affaire, qui est connue sous le nom
de « procès des médias », n'a pas encore
été annoncée par le tribunal.
En juin, le Parlement du Rwanda a adopté un projet de loi
qui, s'il est approuvé par la Cour suprême et signée
par le président Kagame, donnera davantage de liberté
aux médias en autorisant les stations privées de radio
et de télévision et les agences de presse à
fonctionner. Le projet de loi porte également création
d'un conseil des médias composé de membres de la presse
privée et de représentants désignés
de l'Etat qui établira et surveillera un code de déontologie
pour les journalistes.
Parallèlement, en France, un tribunal a prononcé un
non-lieu dans un procès en diffamation intenté par
Kagame contre un journaliste africain basé à Paris,
Charles Onana. Son livre, Les secrets du génocide rwandais
-- enquête sur les mystères d'un Président,
a accusé le parti dirigeant de Kagame, le Front patriotique
rwandais, qui n’était à l’époque
qu’un groupe de guérilleros tutsis, d’avoir abattu
l’avion transportant l'ancien Président hutu du Rwanda,
Juvénal Habyarimana et son homologue burundais, Cyprien Ntaryamira.
Il est largement reconnu que c’est cet incident qui a déclenché
le génocide de 1994. Onana affirme que son livre «
retire à Kagame le masque » qu'il a utilisé
pour couvrir son intervention dans le massacre.
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