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L'AFRIQUE DU SUD
Le 27 septembre, dans une décision qui fera date pour la
liberté de la presse en Afrique du Sud, un tribunal de Johannesburg
a prononcé un non-lieu dans un procès en diffamation
intenté par le Ministre du logement Sankie Mthembi-Mahanyele
contre le quotidien indépendant Mail & Guardian et son
ancien rédacteur en chef Phillip van Niekerk. Van Niekerk
et le Mail & Guardian avaient été poursuivis à
la suite du « Report Card » (Carnet de notes) de décembre
1998 du journal, une enquête sur la performance des représentants
de l’Etat et dans laquelle il avait été relevé
que le Ministre Mthembi-Mahanyele ne s’acquittait pas correctement
de ses fonctions. Le Mail & Guardian a donné une mauvaise
note au Ministre du logement du fait de plusieurs ratées
dans sa carrière de ministre, notamment un scandale de corruption
révélé en 1997.
Même si la décision était encore en appel à
la fin de l’année, van Niekerk et d’autres journalistes
d’Afrique du Sud estiment que le gouvernement du Président
Thabo Mbeki livre une bataille vouée à l’échec.
« Cette décision a repoussé les limites de la
liberté de la presse en Afrique du Sud et la rapproche davantage
de la Constitution du pays, l’une des plus progressiste au
monde », a déclaré van Niekerk au CPJ. «
Cette tentative des autorités était destinée
à harceler le Mail & Guardian et à faire taire
les critiques. Si l’appel échoue, l’arsenal du
gouvernement sera privé d’une arme puissante ».
Ce non-lieu a en réalité annulé une décision
de 1975 qui interdit au gouvernement de faire un procès en
diffamation mais qui y autorise individuellement les ministres.
En mars, le gouvernement du Président Mbeki a annoncé
la création d’un corps de la presse présidentiel
à l’américaine – le premier de ce type
en Afrique. Le corps de la presse jouirait d’un accès
privilégié au Président, y compris de la possibilité
d’assister à des conférences confidentielles
ou publiques et de l’accompagner dans ses déplacements.
L’idée est le fruit d’une réunion entre
le Forum national sud-africain des rédacteurs en chef (South
African National Editors Forum -- SANEF) et les autorités
au cours de laquelle le SANEF a fait état de ses inquiétudes
à propos de l’accessibilité du Président.
Les journalistes ont accueilli l’idée avec enthousiasme
jusqu’à ce qu’on leur demande de remplir une
demande d’agrément préparée par l’Agence
nationale du renseignement qui leur demandait s’ils avaient
déjà subi des soins psychiatriques, souffert d’alcoolisme
ou de toxicomanie, divorcé ou eu des rapports homosexuels.
En avril, le Ministre du renseignement, Lindiwe Sisulu, a exprimé
ses « regrets » à propos de ces questions et
a ordonné que toutes les questions considérées
comme « insensibles » soient éliminées.
Un comité intérimaire du corps de la presse a été
créé pour travailler avec les organes de l’Etat
en vue d’affiner la procédure d’habilitation
et de formuler un code de conduite. Toutefois, à la fin de
l’année, aucun progrès véritable n’avait
été enregistré.
En janvier, le Premier Ministre Lionel Mtshali du KwaZulu-Natal
est passé à l’émission radio matinale
de Tim Modise sur SABC-Safm et a déclaré que sa province
offrirait le médicament anti-sida nevirapine à toutes
les femmes enceintes séropositives dans les dispensaires.
La position de Mtshali était en contradiction directe avec
le fait que le gouvernement avait exigé que le médicament
soit testé dans 18 centres pilotes désignés
avant d’être distribué par les autorités.
Immédiatement après l’émission de Modise,
l’activiste du sida et éminente journaliste Anita Allen
a déposé une plainte auprès de la Commission
des plaintes de la radiodiffusion (Broadcasting Complaints Commission
-- BCC) accusant Modise de « sédition » et «
d’encourager l’anarchie » car il avait utilisé
son émission de radio pour préconiser des politiques
de santé publique qui prennent le contre-pied de celles de
l’Etat. La BCC a lavé Modise de tout soupçon
au début du mois d’avril.
Le 20 août, la police a détenu Hoho, un chercheur de
la législature de la province orientale du Cap qui avait
prétendument publié pendant près de deux ans
Father Punch, un pamphlet illégal qui présente les
rumeurs, les critiques et les allégations de corruption contre
les principales personnalités de la législature. La
brève détention de Hoho et les 21 jours de suspension
qui ont suivi ont déclenché le tollé du Syndicat
national des employés alliés de la santé et
de l’éducation (National Education Health and Allied
Workers Union). La suspension de Hoho a été levée
le 21 octobre mais il a fait l’objet de 10 chefs d’accusation
« d’insulte criminelle ». En novembre, son avocat
a demandé au tribunal de rejeter les accusations criminelles,
a intenté un procès à la législature
et a demandé des dommages-intérêts d’un
montant de 500.000 rands (55.800 dollars E.U.) parce qu’Hoho
avait été suspendu avant que les accusations n’aient
été officiellement portées contre lui. A la
fin de l’année, les juges entendaient encore des plaidoyers
sur cette affaire.
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