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Press fuels democracy in Cameroon, across continent

The author in his office in 1992. (L’Essor des Jeunes)

On January 1, 1960, during the proclamation of independence of the French speaking part of Cameroon, I was forced, with comrades from Leclerc high school in Yaoundé, to take part in the big parade organized by President Ahmadou Ahidjo. At that time, I would occasionally write articles for the school magazine, but also for Les Nouvelles du Moungo, a monthly published in my native city of Nkongsamba. Still haunted by the September 1959 death of my father, a member of the independentist underground banned by France, and the assassination of underground leader Ruben Um Nyobè, I went to see Abbott Albert Ndongmo, who had just launched, in March 1960, a monthly called L’Essor des Jeunes. This truly steered me toward journalism. 

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I am strongly convinced that the press has contributed to the ongoing democratization process in Africa, far more than political, ruling and opposition actors. When Abbot Ndongmo entrusted the great responsibility of L’Essor des Jeunes to a 22-year-old man like me, we were operating in the oppressive context of monolithism, in which the groupthink of the dominant ideology imposed harsh censorship and reduced the poor existing media to reporting on news items, sports, and religious and folk ceremonies. Fortunately, L’Essor des Jeunes was based on a famous formula of its charismatic founder that "the Church cannot lead man to heaven as if the earth did not exist." We dared make comments that, for the slightest thing, could earn us police raids and seizures. This would ultimately result in my arrest and detention without trial from September 1970 to May 1975, as part of the Ndongmo Ndongmo/Ouandié Case, in which the reverend who had then become a bishop was tried and sentenced to death, then to perpetuity, for "plotting against state security" and for "conspiring with the rebellion led by Ernest Ouandié.” On my release, I left the country for Cote d’Ivoire where, despite the single party system and the veneration of the "Old" Houphouët-Boigny, the media atmosphere was much more breathable. When in 1984 I joined Cameroon Tribune, a government-owned daily, the newspaper was editorially devoted to the regime of Paul Biya, the second President of Cameroon. Even the democratization policy initiated in 1990 did not change anything.

Fortunately, the media landscape is expanding significantly and the "rags" with very critical content, improperly accused of being "opposition papers" by the self-righteous, are flourishing and trumping the flattery press at the level of the public. The fierce competition between the public media and independent media puts journalists in two warring camps. Yet the mutual feeling of hostility and contempt would be reduced thanks to the actions of the Cameroon Journalist Union (UJC) founded by all professionals in 1996.

A recurring debate opposes, in Francophone Africa and in Cameroon in particular, the proponents of the view that one cannot be a good journalist without attending a school of journalism, and those, like me, who think that everything depends on whether you have the talent or not. My little experience testifies in favor of the latter theory. Prior to my studies in journalism, I started working in the profession with a colleague who had not completed his secondary school cycle but who, 50 years later, is one of the best professional journalists in Cameroon (whereas some graduates in communication are not really brilliant in the field, judging by their performances). The proof of the pudding is in the eating; Practice makes perfect. ... This is well known!

New information and communications technologies and the boldness of journalists have reduced censorship, even if it often takes more insidious forms (including intimidation and financial weakening). This is true for Cameroon, where media protest was considerably ahead of and boosted democratic claims. This is also true for Senegal, where the press obviously thwarted established electoral malpractices and prompted alternation. And examples abound elsewhere.

Célestin Lingo is the former chairman of Cameroon Journalist Union and the Secretary General of the Media Network for Elections (NETWEL).

CPJ is running a series of blog entries to celebrate the 50th anniversary of the end of colonial rule in Francophone Africa.


La presse engendre la démocratie au Cameroun, à travers le continent

Le 1er janvier 1960 à l’occasion de la proclamation de l’indépendance de la partie francophone du Cameroun, je suis obligé, avec d’autres camarades du Lycée Leclerc de Yaoundé de prendre part au grand défilé organisé par le président Ahmadou Ahidjo. A l’époque, j’écrivais de temps en temps des articles pour le journal de l’établissement, mais aussi pour Les Nouvelles du Moungo, un mensuel édité par la préfecture de mon département d’origine, à Nkongsamba. Encore déstabilisé par le meurtre en septembre 1959 de mon père, un militant du maquis indépendantiste de l’Union des Populations du Cameroun banni par la France, et celui un an plus top du leader du maquis, Ruben Um Nyobè, je vais voir M. l’Abbé Albert Ndongmo qui venait de créer, en mars 1960, un mensuel nommé L’Essor des Jeunes. C’est ici que ma vocation prend véritablement son essor.

Je nourris la ferme conviction que la presse a contribuée à la démocratisation en cours en Afrique, bien plus que les acteurs politiques, du pouvoir et de l’opposition. Quand l’Abbé Ndongmo confiait la grosse responsabilité de L’Essor des Jeunes à un jeune comme moi (22 ans), nous opérions dans le contexte oppressant d’un monolithisme de plomb, où la pensée unique impose une censure de fer et réduisait la pauvre presse existante aux reportages sur les faits divers, le sport et les cérémonies religieuses et folkloriques. Heureusement, L’Essor des Jeunes pense, selon une célèbre formule de son charismatique fondateur, que « l’Eglise ne peut conduire l’Homme au ciel comme si la terre n’existait pas ». Nous osons ainsi des commentaires qui, pour un oui ou pour un non, nous valent des visites de policiers et des saisies. Cela ira jusqu’à mon arrestation et à ma détention sans jugement, de septembre 1970 à mai 1975, à l’occasion de l’Affaire Ndongmo/Ouandié, où l’Abbé devenu Evêque est jugé et condamné à mort, puis à perpétuité, pour « complot contre la sécurité de l’Etat » et pour « association avec la rébellion » dirigée par Ernest Ouandié. A ma sortie de prison, je m’éloigne du pays vers la Cote d’Ivoire, ou, malgré l’existence du parti unique et la vénération du « Vieux » Houphouët-Boigny, l’atmosphère est bien plus respirable dans la presse. Quand je rentre  à Cameroon Tribune, quotidien gouvernemental, en 1984, le journal est éditorialement voué au régime de Paul Biya, le 2è président. Même la libéralisation politique initiée en 1990 n’y change rien.

Heureusement, le paysage médiatique s’élargit considérablement, et les « feuilles de chou » au contenu très critique, abusivement taxées de « journaux d’opposition » par les bien-pensants, fleurissent et damnent le pion, auprès du public, à la presse encensoir. La concurrence rude entre les médias publics et les médias indépendants, installe les journalistes en deux camps retranchés. Mais l’hostilité et le mépris des uns vis-à-vis des autres se réduiront grâce à l’action de l’Union des Journalistes du Cameroun (UJC) créée par tous les professionnels en 1996.

Un débat récurrent oppose, en Afrique francophone et au Cameroun en particulier, les tenants de l’opinion selon laquelle on ne peut pas être un bon journaliste sans avoir fait des études dans une école de journalisme, et ceux qui, comme moi, pensent que tout dépend du talent, qu’on a ou qu’on n’a pas. Ma petite expérience témoigne en faveur de cette dernière thèse. Avant mes études de journalisme, j’ai commencé la profession sur le tas, en compagnie d’un confrère qui n’a pas terminé son secondaire et qui, cinquante ans après, compte parmi les meilleurs journalistes professionnels du Cameroun. Alors que des diplômés en communication (licence, doctorat, etc) ne brillent pas particulièrement par leurs performances dans le domaine. C’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon ; c’est en forgeant qu’on devient forgeron… C’est connu !

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication et la hardiesse des hommes de plume ont fait reculer la censure, même si celle-ci adopte souvent des formes insidieuses (intimidations, fragilisation économique, etc). C’est vrai pour le Cameroun, où la contestation médiatique a largement devancé et boosté les revendications démocratiques et les timides avancées observées. C’est vrai pour le Sénégal, où, de toute évidence, la presse a contrecarré les mauvaises pratiques électorales installées, et a poussé à l’alternance. Et les exemples ne manquent pas ailleurs.

Célestin Lingo est l’ancien président de l'Union des journalistes du Cameroun et le Secrétaire général du Réseau Médias pour les Elections (NETWEL).

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Comments

Tout en respectant cette opinion de l'un des doyens de la presse camerounaise, je me demande bien à la fin de son contexte en quoi et comment la presse a engendré la démocratie ou le pluralisme démocratique au Cameroun bien plus que les hommes politiques. Il ne le dit pas. Il serait même prétentieux de l'affirmer lorsqu'on connaît l'oeuvre immortelle de Ruben Um Nyobè et autres, quand on connaît l'impact des procès contre Me Yondo Black et autres Anicet Ekanè ou encore de la théorie de la "désobéissance civile" de Mboua Massock, etc. La presse a joué son rôle pour la démocratisation du pays, tout comme certains artistes, mais elle n'est sans doute pas le fer de lance de la lutte. De même, les faits contrédisent l'opinion péremptoire selon laquelle c'est l'UJC qui a aidé à réduire le clivage entre journaliste du privé et journaliste du public. La première élection au sein de l'UJC a d'ailleurs accentué ce clivage lorsque les partisans de M. Lingo, candidat malheureux à cette première élection, ont proclammé que le vainqueur du scrutin, Amadou Vamoulké, était l'homme du pouvoir... Certains on claqué laporte et ne sont plus jamais revenus et ont continué à combattre l'UJC. L'arrivée massive des professionnels formé dans les écoles au sein des médias privés, notamment l'arrivée de Mutations sur le marché, a bien plus réduit ce clivage presse écrite/presse privée que l'UJC dont je suis l'actuel Secrétaire général. J'aime bien la formule "on juge le maçon au pied du mur", mais je constate que le maçon est avant tout un technicien et non un artiste. Pour moi, c'est le même parallèle avec le journaliste. Le journalisme est avant tout un métier (qui convoque un ensemble de techniques, de règles, y compris déontologiques). On peut avoir un énorme talent d'écriture et être un pire journaliste. Un "journaliste talentueux" qui ne recoupe pas ses informations, qui ne sépare pas ses faits des commentaires, qui, qui... n'en est pas.

Christophe Bobiokono July 15, 2010 11:56:21 PM ET

La situation de la presse au Cameroun que présente en bon connaisseur M. Lingo, est conforme à ma vision personnelle. Preuve qu'un journaliste de l'ancienne génération et un autre de la nouvelle peuvent s'accorder sur l'essentiel.
Moi aussi j'ai été formé sur le tas avant d'être admis à l'ESSTIC, l'école de journalisme de Yaoundé. Le débat sur les journalistes formés et non formés est sans objet. Tout comme est futile le débat entre presse privée et presse publique. On reconnaît un journaliste non pas à son obédience ou à ses diplômes, mais grossomodo à sa capacité à rédiger des articles de presse selon les règles universelles reconnues.
Quant à la pression exercée sur les hommes des médias, M. Lingo a parfaitement raison de souligner qu'elle était particulièrement insoutenable des années 70 aux années 90. L'étau s'est un peu desséré chez nous au Cameroun. Mais la pression dont la presse camerounaise fait l'objet aujourd'hui est tout aussi pernicieuse. Cette pression est d'ordre économique. Le cas du Messager de Pius Njawe que nous pleurons aujourd'hui est une illustration parmi tant d'autres. Ce journal est privé de publicité depuis pas mal de temps. Les entreprises publiques et privées auraient reçu un mot d'ordre leur interdisant de publier des annonces dans ce journal. Conséquence, Le Messager a du mal à joindre les deux bouts. Avec la disparition de son charismatique fondateur, d'aucuns rêvent cyniquement de voir l'une des voix de la liberté de presse, de la liberté d'expression, et de la liberté tout court, se taire. La pression et l'oppression contre la presse, ne sont plus brutales; elles sont plus subtiles, donc plus destabilisatrices...

Innocent Ebodé July 16, 2010 5:28:34 AM ET

Le débat sur qui est journaliste et qui ne l'est pas est un vieux débat. Je pense que comme l'a si bien souligné un inernaute, est journaliste celui qui exerce le metier selon les règles de l'art, detenteur ou non du diplome en journaliste. Les règles de déontologie et d'ethique devront etre respecté au pied de la lette, et l'observation de ses règles, fait de nous un journaliste. je suis titulaire d'un diplome de sciences politiques et relations internationales. J'exerce le metier à la radio television d'état au tchad, et je contribue regulièrement dans un journal de la place,www.lavoixdutchad.com. Et je crois que ce metier a besoin du talent, pas plus.

I really love these articles and through them i have learnt alot about our independence process. Indeed the media played a big role and it not fair that nothing was said about it during the manifestations to mark 50 years of independence.
Thank God we have icons like Lingo and the rest who can tell the stories as they were and with all objectivity. Thanks olot

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J´ai fait mes premières armes au Messager - Messager des Jeunes, Messager Popoli et Le Messager lorsqu´il était encore hebdomadaire - Bobiokono et Ebodé ont tous deux raison. ll y a beaucoup plus à écrire sur le sujet.

Je pense que la discussion/le débat dépasse de très loin le cadre de ce blog. Que nous, journalistes Camerounais du dedans et dehors nous engagions à publier des ouvrages de référence sur la presse et son rôle dans le processus démocratique camerounais.

Concernant Le Messager. Je pense qu´il est temps aux anciens, nouveaux et sympathisants d´élaborer une strategie pouvant sauver le journal et le préparer pour des nouveaux défis. Un exemple allemand qui peut faire école: http://fr.wikipedia.org/wiki/Die_tageszeitung

INOU