CPJ nomme les pays où le métier de journaliste est le plus périlleux

L’Iraq vient en tête de liste où neuf journalistes qui couvraient les opérations militaires des Etats—Unis ont été tués au combat pendant les trois premières semaines des hostilités, touchés par des tirs iraquiens ou américains, des mines anti—personnel ou des attentas suicides. Quatre autres journalistes sont décédés en Iraq à la suite d’accidents ou de maladies. Une répression brutale a été menée à Cuba par le gouvernement de Fidel Castro qui a jeté en prison 28 journalistes, un nombre sans précédent; ils sont condamnés à de longues peines de prison qui peuvent aller jusqu’à 27 ans. L’année dernière, les journalistes indépendants du Viet Nam qui ont osé critiqué le Parti communiste dans la presse écrite ou sur Internet ont été harcelés, placés sous haute surveillance ou mis derrière les barreaux. Le CPJ a également inscrit sur sa liste des pays où le métier de journaliste est le plus périlleux l’Afghanistan, la Tchétchénie, la Cisjordanie et Gaza, l’Erythrée, le Togo, la Colombie et le Bélarus.

«Nombre de journalistes qui travaillent dans ces pays ont donné leur vie ; d’autres ont été condamnés à de longues années de prison » a déclaré le Directeur du CPJ par intérim, Joel Simon. « Mais leurs collègues portent le flambeau, dénoncent les répressions des gouvernements, la violence physique, les lois qui musèlent la presse et les tirs aveugles et continuent à nous informer » a ajouté Simon.



L’Iraq
La guerre des Etats—Unis en Iraq a décimé les rangs de ceux qui couvrent le conflit. Neuf journalistes ont été tués au combat pendant les trois premières semaines des hostilités par des tirs iraquiens ou américains, des mines anti—personnel ou des attentats suicides. (Quatre autres sont décédés dans des accidents ou à la suite de maladies.) Plusieurs autres ont été blessés et deux sont encore portés disparus. Ceux qui n’étaient pas dans la ligne de tir ont rencontré d’autres difficultés : les forces américaines et iraquiennes en Iraq ont provisoirement détenu plus de 24 journalistes. Les combats semblent avoir cessé, mais les conditions de sécurité des journalistes restent précaires: le banditisme, les tirs et les attaques physiques signifient que l’Iraq restera une mission dangereuse pendant quelque temps.




Cuba
En mars, l’attention de communauté internationale étant tournée vers la guerre en Iraq, les autorités cubaines ont lancé une vaste répression sur les dissidents y compris sur la presse indépendante naissante de l’île. Au total, 28 journalistes ont été arrêtés, condamnés lors de procès sommaires d’un jour, condamnés à des peines de prison de 14 à 17 ans puis dispersés dans les nombreuses prisons du goulag cubain pour purger leur peine.

La répression, quoique d’une ampleur sans précédent, est l’aboutissement de nombreuses années de sanctions et d’intimidation y compris d’emprisonnements, d’exils forcés, de confiscations de biens, de suspensions de services de téléphone et de harcèlements orchestrés par la pègre favorable au gouvernement. Les journalistes cubains qui dictent et faxent leurs articles sur les violations des droits de l’homme et la corruption à leurs collègues étrangers représentent une menace directe pour le monopole de l’information que détient le gouvernement du Président Fidel Castro Ruz sur l’île.



Le Viet Nam
L’année dernière, les autorités vietnamiennes ont intensifié leur répression sur les écrivains indépendants et les dissidents politiques. Ceux qui publient des informations ou des opinions qui contredisent la ligne du Parti communiste sont harcelés, placés sous haute surveillance ou emprisonnés. Les autorités accusent généralement les journalistes indépendants de compromettre la sécurité nationale et assimilent les critiques les plus modérées à l’égard du gouvernement ou le soutien à la réforme démocratique à la trahison. Huit journalistes languissent actuellement dans les prisons vietnamiennes ou sont en résidence surveillée. Ces derniers mois, les journalistes de ce pays ont exprimé leurs craintes que la répression ne s’étende davantage car les autorités auraient compilé une liste noire des écrivains et des dissidents dans le pays.

Alors que les journalistes indépendants ont de plus en plus recours à Internet pour diffuser les nouvelles et les informations interdites dans les médias officiels, les autorités ont resserré les règles déjà strictes qui régissent le contenu d’Internet et ont intensifié la surveillance en ligne. Cinq des journalistes emprisonnés au Viet Nam ont été appréhendés pour avoir publié en ligne ­ y compris Nguyen Khac Toan, qui a été condamné en décembre 2002 à 12 ans de prison, l’une des peines les plus sévères jamais prononcées contre un journaliste au cours des années récentes. A la mi—avril, le journal officiel de l’armée Quan Doi Nhan Dan a publié un éditorial plaidant en faveur de contrôles supplémentaires sur Internet et de punitions plus sévères à l’encontre de ceux qui diffusent en ligne «un contenu réactionnaire et dépravé».



L’Afghanistan
Le pouvoir sans frein des chefs de guerre locaux et une règle de droit affaiblie font de l’Afghanistan un environnement inhospitalier pour la presse. En dépit de libertés nouvelles dont jouissent les médias après l’expulsion du régime taliban répressif, les journalistes déclarent qu’il est impossible d’écrire ou de parler librement du fait de menaces, d’intimidation physique et d’attaques. Ces abus sont souvent le fait d’hommes politiques et de chefs militaires qui font appel aux forces de sécurité du gouvernement pour harceler les journalistes indépendants.

Bien que les chefs de l’administration provisoire d’Afghanistan ­ y compris le Président Hamid Karzai ­ aient publiquement pris fait et cause pour la liberté de la presse, ils n’ont pas vraiment pris de mesures concrètes pour mettre fin aux attaques contre la presse. A la mi—mars, par exemple, un journaliste qui travaillait pour Radio Liberty financée par les Américains a été tabassé, détenu et expulsé de la province occidentale d’Herat sur ordre du gouverneur local et du puissant chef de guerre Ismail Khan. Dans de nombreux cas, les journalistes ne rendent pas compte de ces attaques et s’auto—censurent par crainte de représailles plus graves encore. Le CPJ a documenté plusieurs cas dans lesquels les journalistes ont temporairement pris le maquis ou ont fui après avoir reçu des menaces.



La Tchétchénie
Les journalistes tchétchènes ont enduré la violence physique, les menaces et les brutalités quotidiennes de la guerre. Au cours de la dernière décennie, 18 journalistes ont été tués à cause de leur profession. Aujourd’hui, seule une poignée d’entre eux sont prêts à risquer leur vie pour informer sur la région. Ceux qui osent se trouvent pris dans une guerre de propagande intense de guerre entre le Kremlin et les rebelles tchétchènes. Les journalistes qui travaillent en Tchétchénie sont officiellement confinés à un centre de presse militaire où ils reçoivent des informations filtrées. Ils ne peuvent se déplacer qu’escortés de très près par la police ce qui interdit tout rapport indépendant. Les autres qui entrent clandestinement en Tchétchénie pour enquêter sur les abus contre les droits de l’homme et montrent une image non approuvée du conflit s’exposent à la détention et aux attaques physiques des forces russes. Les correspondants étrangers dont la couverture de la région est considérée anti—russe se voient souvent refuser un visa ou sont inscrits sur la liste noire du Ministère des affaires étrangères. Avec ces politiques, le gouvernement a atteint son objectif d’empêcher les journalistes de rendre compte de la dévastation de la guerre.


La Cisjordanie et Gaza
Les tirs aveugles de l’armée israélienne ont fait de la Cisjordanie et de la bande de Gaza occupées une région dangereuse. Au cours des 12 derniers mois, trois journalistes sont tombés sous les balles israéliennes, y compris le cameraman Nazeh Darwazeh, sur qui un soldat israélien a tiré dans la tête à bout portant en avril, bien qu’il soit clairement identifiable comme membre de la presse. Les soldats israéliens sont rarement punis lorsqu’ils tuent des journalistes.

Les journalistes qui circulent près du front en Cisjordanie et à Gaza doivent encore surmonter toutes sortes d’obstacles. Récemment, des journalistes ont été blessés par des attaques israéliennes ; l’armée israélienne a fermé les stations de radio palestiniennes ; les postes de contrôle militaires et une politique dure de la part du gouvernement israélien qui limite l’accréditation de la presse continuent d’entraver les compte—rendus de presse. Pendant ce temps, les colons militants juifs sont responsables de violentes agressions contre les journalistes et les forces de sécurité et les milices palestiniennes ont attaqué des journalistes, les ont menacé et ont confisqué leur matériel.




L’Erythrée
Depuis septembre 2001, l’Erythrée est le pays d’Afrique qui a emprisonné le plus grand nombre de journalistes lorsque les autorités ont interdit la totalité de la presse privée et ont détenu des reporters indépendants. Dix—huit journalistes sont actuellement dans des prisons secrètes dispersées dans ce petit pays de la Mer Rouge. Le Président Isaias Afewerki, membre actif de la coalition qui a appuyé l’invasion de l’Iraq par les Etats—Unis, accuse les journalistes indépendants d’avoir des liens terroristes, d’espionnage ou encore de «compromettre l’unité nationale ». Les autorités continuent d’avancer que la presse privée travaillait sans les licences requises et que les journalistes indépendants échappaient systématiquement au Programme du service national obligatoire.

Le parti dirigeant garde fermement la mainmise sur les médias d’Etat dont les employés risquent la censure et s’auto—censurent. Afewerki n’a pas bougé face aux dénonciations répétées de la communauté internationale de la situation des droits de l’homme dans son pays et continue de prétendre que les critiques étrangers sont des ennemis de l’Erythrée.



Le Togo
Depuis que le gouvernement a adopté une dure loi sur la presse en janvier 2000, le Togo est devenu l’un des pays les pires pour les journalistes en Afrique sub—saharienne. A la fin de mars 2003, les autorités ont temporairement interdit à tous les correspondants étrangers de travailler dans le pays car la presse n’avait pas couvert l’ouverture d’une conférence sur les élections dans la capitale, Lomé. Plusieurs journalistes ont été emprisonnés pour des délits de presse au cours des trois dernières années ; d’autres se sont cachés pour échapper aux arrestations. Sur ordre du Ministre de l’intérieur, la police a régulièrement saisi des éditions entières de journaux dans des imprimeries. Les autorités ont fermé les centres de presse, tels les stations de radio indépendantes Radio Victoire et Tropik FM, ont bloqué des sites d’information sur le web et ont brouillé les fréquences des diffuseurs qui critiquaient le Président Gnassingbé Eyadéma ou son parti majoritaire du Rassemblement du Peuple togolais. En septembre 2002, le parlement togolais a entériné un nouvel amendement au Code de la presse qui accroît de manière considérable les sanctions des délits de presse. Aujourd’hui, un journaliste peut se voir condamné à une peine de prison qui peut aller jusqu’à cinq ans et à une amende de 8.000 dollars E.U. pour «insultes au Chef de l’Etat ».



La Colombie
La guerre civile qui dure depuis 40 ans en Colombie a décimé les rangs de la presse du pays. Plus de 30 journalistes ont été tués au cours de la dernière décennie à cause de leur travail et continuent d’être ciblés. Le CPJ enquête actuellement sur le meurtre de deux journalistes tués cette semaine, sans doute pour les réduire au silence. Qui plus est, Luis Eduardo Alfonso, un journaliste de Radio Meridiano—70, a été assassiné le 18 mars 2003 après avoir critiqué les paramilitaires qui luttent, aux côtés des forces du gouvernement, contre les guérilleros de gauche.

Par ailleurs, les journalistes restent particulièrement vulnérables aux attaques des rebelles et des paramilitaires car le gouvernement a perdu le contrôle de vastes régions du pays. En janvier, les combattants rebelles ont enlevé deux journalistes étrangers du Los Angeles Times et les ont détenu pendant plusieurs jours. L’incapacité des autorités à porter des crimes devant les tribunaux entretient un climat d’impunité qui rend les médias très vulnérables à la violence et a incité de nombreux journalistes à choisir l’exil.



Le Bélarus
Le Président du Bélarus, Aleksandr Lukashenko, poursuit ses attaques contre la presse indépendante et de l’opposition, déjà assiégée. En avril 2003, il a annoncé qu’il entendait créer un «système d’idéologie d’Etat » qui donne aux autorités des pouvoirs orwéliens sur la couverture de l’information par les médias non gouvernementaux. Par ailleurs, le projet de loi sur les mass médias soumettra les publications d’Internet à la même censure paralysante que la presse écrite.

En 2002, pour la première fois, des journalistes ont été accusés de diffamation criminelle au Bélarus et ont été frappés à des travaux forcés de redressement de 12 à 14 mois pour avoir critiqué Lukashenko avant les élections présidentielles de l’automne 2001. Des procès en diffamation intentés par la classe politique et assortis d’amendes exorbitantes continuent d’affaiblir les médias et ont forcé une publication indépendante connue à fermer ses portes en 2002.

La disparition en juillet 2000 du cameraman russe Dmitry Zavadsky rappelle l’horreur des risques que courent les journalistes au Bélarus. Bien que deux anciens membres de l’unité des forces spéciales d’élite Almaz aient été accusés en 2002 de l’enlèvement du journaliste, les procureurs de l’Etat n’ont pas donné suite aux allégations de l’intervention du gouvernement. Le Bureau du procureur général a réouvert le dossier Zavadsky en décembre, mais il n’y a eu aucun progrès.

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All Photos: Associated Press