« L'emprisonnement de Boussada Ben Ali
entre dans le cadre d'une tendance troublante aux poursuites pénales pour
diffamation contre les journalistes d'investigation en vue de les censurer et
de les intimider», a déclaré le directeur de la section Afrique du CPJ, Tom
Rhodes. « Le Niger ferait mieux de donner suite aux allégations de corruption
et de malversation découvertes par la presse plutôt que d'emprisonner les
journalistes qui remplissent leur devoir d'informer le public », a-t-il
ajouté.
M. Ben Ali a été arrêté vendredi dernier dans son
bureau par la police nigérienne qui l'a interrogé sur ses sources avant de le
traduire en justice, selon des journalistes locaux. S'il est reconnu coupable,
il pourrait être condamné jusqu'à deux ans d'emprisonnement et à une amende
d'un million de francs CFA (environ 2000 dollars américains), en vertu de la
loi nigérienne sur la presse de 1999, selon l'avocat de la défense, Yahouza
Amani.
En 2007, Ben Ali avait été reconnu coupable de
diffamation et condamné à une peine avec sursis pour un article qui alléguait
que l'ancien ministre nigérien du Tourisme, Rhissa Ag Boula, était de connivence avec les
rebelles touaregs du nord du Niger, selon l'Association nigérienne des éditeurs
de la presse indépendante (ANEPI). Cette affaire était censée être réexaminée
par le procureur de la République, suite à un recours déposé depuis lors. M. Ag
Boula a annoncé publiquement par la suite sa défection à la rébellion dans une interview en
janvier 2008 avec l'hebdomadaire français, Le
Nouvel Observateur.
Six journalistes nigériens indépendants ont été condamnés
à la prison en 2008 pour
des reportages sur la corruption ou la mauvaise gestion du gouvernement
nigérien, selon des recherches CPJ. Parmi ceux-ci, figurent Ibrahim Souley et Soumana Idrissa Maïga,
respectivement directeur de publication et propriétaire du bimensuel L'Enquêteur, qui avaient été traduits en justice par M. Zeine au sujet
d'une autre affaire d'attribution de contrat.
Me Amani, qui défend bénévolement M. Ben Ali, a
déclaré que la plupart des journalistes nigériens n'ont pas les moyens de payer
des avocats et ont besoin d'un fond de soutien pour faire face à une vague de
poursuites judiciaires du gouvernement.

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