En effet, plus de 50 militaires et policiers armés ont
encerclé samedi dernier les studios de Viva, une chaîne de radio et
télédiffusion sise à la capitale malgache, Antananarivo, et appartenant à M.
Rajoelina, selon des journalistes locaux. Lalatiana Rakotondrazafy, une
chroniqueuse politique de Viva Radio a déclaré au CPJ qu'elle venait de
terminer une entrevue téléphonique avec M. Rajoelina quand l'attaque s'est produite, l'obligeant ainsi à s'enfuir. Quant à M.
Rajoelina, il a déclaré qu'il s'est mis en cachette
car il craignait pour sa sécurité,
selon des journalistes locaux et des médias.
Les forces de sécurité ont saisi l'émetteur ainsi que
les ordinateurs de Viva et détruit son matériel, notamment des consoles de
mixage, des micros, et des dossiers de journalistes. Les militaires ont
également pris d'assaut les bureaux attenants d'Injet, une société appartenant à
Rajoelina et spécialisée dans
le marketing et la publicité, a dit Mme Rakotondrazafy.
Des photos
de cette attaque, prises à temps réel sur un téléphone portable, ont été
publiées par Sobika, un
site Web d'information de la diaspora malgache basée en France.
Il convient de souligner que les tensions entre
Rajoelina, l'ancien maire de la capitale, et le président Ravalomanana ont
monté en puissance depuis décembre dernier après que le gouvernement a
sommairement fermé Viva Radio. En représailles, des manifestants de
l'opposition avaient incendié les studios de deux
stations de radio et télévision progouvernementales en janvier
dernier.
Une autre station, TV Plus, qui avait
retransmis en direct les images des manifestations de l'opposition, a été presque
prise d'assaut lundi après-midi par des partisans armés du président, selon des
journalistes locaux. Onitiana Realy, la rédactrice en chef de TV
Plus a dit au CPJ que la chaîne a été encerclée pendant que le personnel
s'apprêtait à diffuser le journal du soir. Cependant, la police est arrivée à
temps pour enrayer l'attaque, a dit Mme
Realy.
Radio Antsiva émet depuis lundi après-midi à partir
d'un endroit tenu secret, selon sa directrice des programmes, Valérie
Ranaiveson. En effet, cette station avait reçu le 3 mars dernier un mise en
demeure du ministre malgache de la Communication, Bruno
Andriantavison, au sujet de programmes
que le ministre a considéré comme « tendant à inciter à la désobéissance
civile et à ébranler la confiance du public envers les institutions de la
République ». Radio Antsiva a diffusé en continu des reportages en direct
sur les récentes manifestations meurtrières
à Madagascar. Les incidents ont poussé TV Plus et Radio Antsiva à
déplacer leurs matériels ainsi que leurs opérations à des endroits jugés plus
sûrs, selon des journalistes locaux.
« Le gouvernement malgache doit autoriser les stations
de radio et de télévision telles que Viva, TV Plus et Radio Antsiva à faire
leur travail sans aucune entrave durant cette crise politique qui secoue
Madagascar », a déclaré le directeur de la section Afrique du CPJ, Tom Rhodes.
Il convient de noter que Radio Antsiva a déclaré avoir
reçu des plaintes de la part d'auditeurs qui ne pouvaient plus capter ses
émissions, selon les médias. Par la suite, la station aurait eu du mal à
diffuser ses programmes à cause de présumé brouillage de sa fréquence, selon
Mme Ranaiveson, qui a souligné que la station en question a déposé une plainte
lundi dernier auprès du ministère malgache de la communication.
«Nous appelons les autorités malgaches à cesser tout
brouillage des signaux radio et à faire en sorte que le matériel confisqué à
Viva Radio lui soit rendu immédiatement », a dit M. Rhodes.
Les journalistes de Viva Radio, qui avait brièvement
repris l'antenne dimanche dernier en utilisant un émetteur de fortune , et ceux
de TV Plus ont également dit au CPJ qu'ils seraient également victimes du
brouillage continu de leurs émissions.

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