Ces fermetures, qui ont été soutenues par un avis
officiel du ministre provincial de la Communication et de l'Intérieur, Dikanga
Kazadi, se sont produites dans un climat de crise sociale tendue à Likasi, avec
la montée de l'inflation et la grève continue des travailleurs du chemin de fer
qui exigent 36 mois d'arriérés de salaires, selon des journalistes locaux. Les
autorités locales ont accusé les stations d'inciter le public à la grève et de
diffusion de déclarations diffamatoires et de propos à caractère tribal, selon JED.
Le président de l'Observatoire des médias congolais,
Polydor Muboyayi, a déclaré au CPJ que les fermetures des stations étaient
illégales, soulignant qu'une telle décision relève exclusivement de la
compétence de la Haute autorité des médias, l'organe officiel de régulation des
médias au Congo.
« Nous sommes préoccupés par le fait que les
autorités aient outrepassé leurs pouvoirs en fermant sommairement ces stations
», a déclaré le directeur adjoint du CPJ, Robert Mahoney. « Nous appelons
les autorités de Likasi à rouvrir immédiatement RCK et RTL4 », a-t-il
ajouté.
Paul Kabamba, animateur à la RCK a déclaré au CPJ que
la station est officiellement accusée de diffusion d'un vieux discours de
Patrice Emery Lumumba, le premier Premier ministre de la RDC indépendante,
ainsi que deux chansons intitulées « Que demande le peuple » et
« Binashindakana » (« C'est devenu impossible »). Quant à Charles
de Gaulle Kaboulo, animateur à la RTL4, il a dit au CPJ que sa station est
accusée de diffusion de fausses nouvelles concernant des affrontements entre la
police et des manifestants le 7 mars dernier. Cependant les journalistes de la
RTL4 ont nié ces accusations.
Il convient de souligner que le directeur de la RTL4,
Jacob Nshimbi, est allé ce matin à Lubumbashi, la capitale de la province du
Katanga, pour discuter de la suspension de ces stations avec le ministre
congolais de la Communication. Toutefois, M. Kaboulo a déclaré que rien ne
laissait croire à la réouverture de ces stations.
Il faut rappeler que les journalistes de ces médias
indépendants ont été harcelés au cours des dernières années du fait de leur
couverture des actualités locales. En effet, Paul
Kabanga, animateur à la RCK a été arrêté en 2007 pour avoir diffusé des nouvelles
alléguant que les véhicules appartenant aux magistrats de Likasi n'avaient pas
de plaques d'immatriculation ni de papiers d'assurance comme requis par la loi
congolaise. Il a été libéré sans inculpation trois jours plus tard après
l'intervention de l'Union nationale de la presse du Congo.
Dans un autre incident le 28 février dernier,
plusieurs journalistes locaux ont dit au CPJ que le maire de Likasi, M.
Ngoy, avait menacé Gilbert Nawesi, animateur à la station de
radio chrétienne Radio Plein Evangile, pour des propos tenus au cours de son
émission interactive quotidienne. Le maire aurait convoqué le journaliste à son
bureau pour lui dire de cesser cette émission immédiatement et qu'il serait
tenu responsable, ou même tué, si un conflit ethnique éclatait. Le secrétaire
particulier du maire a déclaré aujourd'hui au CPJ qu'aucune menace n'a été
proférée contre le journaliste.
Au cours de cette
émission, M. Nawesi avait suggéré qu'il serait bon de réinstaurer la politique de
l'ex-dictateur Mobutu Sese Seko, qui exigeait que les fonctionnaires servent
hors de leur province natale. M. Nawesi a par ailleurs dit au CPJ que le maire
avait déclaré avoir reçu des plaintes de citoyens contre lui, soulignant que le
journaliste les aurait offensés en estimant qu'ils étaient incompétents pour
gouverner leur propre ville. Dans un e-mail adressé au CPJ aujourd'hui, M.
Nawesi a précisé qu'il attend toujours que le maire fasse une déclaration qui
lui permettrait de reprendre l'antenne.

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