S'adressant au CPJ jeudi 17
juillet, le porte-parole de la police nationale congolaise, le colonel Jean Aïve Alakoua a déclaré
que la police n'avait pas encore fait le point de la manifestation, qui a été
déclenchée par l'annonce
officielle de la réélection écrasante du président Denis Sassou-Nguesso sur
fond de nombreuses allégations d'irrégularités. « Je n'ai reçu aucune plainte à propos de
cela [l'incident]», a ajouté le colonel Alakoua.
« Dans une démocratie, il est
inacceptable que des journalistes soient harcelés alors qu'ils couvrent un
scrutin et ses suites », a
déclaré Tom Rhodes, le directeur de la section Afrique du CPJ. « Nous demandons aux
autorités de cesser ces intimidations, de rendre immédiatement le matériel
saisi et de dédommager les journalistes ».
Les agents de la sécurité ont également
harcelé une autre journaliste, Catherine Ninin de Radio France Internationale,
selon des journalistes locaux.
En effet, le dimanche 12 juillet, aux
environs de 1 h du matin, quelques heures avant l'ouverture du scrutin,
une douzaine d'agents de sécurité, dirigée par le colonel Thomas Bakala Mayinda
de la Direction de Surveillance du Territoire (DST) du Congo a fait une descente à l'Hôtel Saphir où loge Ninin pour demander
à voir cette dernière, prétextant une interview. Cependant, le personnel de
l'hôtel leur a refusé l'accès. Ninin a dit au CPJ dans un courriel qu'elle a reçu une heure plus tard un
appel téléphonique menaçant d'une personne de la présidence, soulignant que
deux autres groupes d'agents de sécurité ont assiégé l'hôtel toute la nuit.
Par ailleurs,
Zajtman a également déclaré au CPJ avoir reçu au milieu de la nuit un coup de
téléphone similaire lui reprochant le reportage faite par sa station sur la
pauvreté à Brazzaville.
Zajtman, Rabaud, et Fessy ont dit avoir du quitter l'Hôtel Hippocampe, à
Brazzaville, après avoir remarqué que des agents de sécurité surveillaient
leurs activités.
S'adressant au CPJ jeudi dernier, le porte-parole de la police, Alakoua, a déclaré qu'il n'était pas au courant de la descente des agents de sécurité à l'hôtel pour voir Ninin. « Elle circule librement. Elle fait ses reportages à sa guise, même s'ils ne plaisent pas nécessairement à tout le monde », a t-il dit, ajoutant que la police n'a jamais reçu une plainte de la part de la journaliste.
Cependant, au cours d'une conférence de presse le 11
juillet courant au siège de campagne du président, de
hauts responsables ont à plusieurs reprises lancé des avertissements à Ninin au
sujet des reportages de RFI et France 24, selon plusieurs journalistes locaux.
« S'il vous
plaît ne faites les [Radio Télévision Libre des] Mille Collines », a
déclaré François Ibovi, un porte parole du président, s'adressant à Ninin,
selon des sources locales. Ces propos faisaient allusion à la station
rwandaise, tristement célèbre, qui a
contribué au déclenchement du génocide de 1994. « Nous vous demandons de faire votre
travail. Il n'y a pas un seul journaliste en prison dans ce pays. La liberté de
la presse est garantie, mais n'essayez pas de mettre de l'huile sur le feu
», a-t-il martelé.
Apparemment, ces déclarations faisaient suite à un
reportage de RFI sur l'appel de l'opposition congolaise au boycott du scrutin
présidentiel et un autre de France 24 qui a montré des rassemblements de
l'opposition et du camp présidentiel face à face, selon Ninin. Les médias
pro-gouvernementaux ont également attaqué Ninin dans des éditoriaux,
selon des recherches du CPJ.
« Le
harcèlement de notre collègue Catherine Ninin témoigne du climat de peur et d'autocensure que la
presse locale de la République du Congo subi depuis plusieurs années », a
déclaré Tom Rhodes.

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