Suite au décès
jeudi dernier du journaliste Germain S. Ngota Ngota, dont
la santé s'est détériorée pendant son incarcération à la prison de Kondengui
sise à Yaoundé, la capitale camerounaise, le Comité pour la protection des
journalistes (CPJ) vous invite à ouvrir une enquête officielle, approfondie et
transparente sur les circonstances de sa mort. Nous vous convions aussi à
fournir des garanties pour le bien-être de trois autres journalistes détenus
dans les prisons camerounaises et à vous pencher sur les abus continus, notamment les allégations de torture par des agents de l’État,
contre des journalistes indépendants ayant soulevé des questions sensibles
concernant la gestion de votre administration.
M. Ngota, directeur de publication de l’hebdomadaire privé Cameroun
Express, est mort des suites d’une «
négligence, d’un manque de soin » et par « non assistance »,
selon un certificat de décès que sa famille à partagé avec les journalistes. Le
défunt journaliste, connu sous le son surnom de Bibi, souffrait d’hypertension artérielle et d’une
hernie. Citant
le père de M. Ngota, le quotidien Le Jour a indiqué que l’état de santé de son fils a été
diagnostiqué par un médecin de la prison identifié comme étant le Dr. Ndi.
M. Ngota a été arrêté
le 25 février dernier, en même temps que Harrys
Robert Mintya et Serge Sabouang, respectivement
directeurs de publication des journaux Le
Devoir et La Nation, à la suite d'une plainte du ministre d’État
secrétaire général de la présidence du Cameroun et président du conseil
d’administration de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), Laurent Esso, pour avoir enquêté sur des allégations de corruption impliquant M. Esso. Les
journalistes ont été ensuite transférés en mars dernier à la prison de
Kondengui pour une détention provisoire, pouvant durer jusqu'à six mois et renouvelable
deux fois, a déclaré au CPJ leur avocat Jean-Marie
Nouga.
Trois semaines avant son arrestation par la police, M.
Ngota a été cueilli par des agents de la Direction
générale de la recherche extérieure (DGRE) du Cameroun
alors qu’il se faisait traiter pour hypertension artérielle à l'hôpital du
district de Biyem-Assi à Yaoundé, a confié son père au quotidien Le Jour. Il a été détenu au secret sans
inculpation avec MM. Mintya et Sabouang ainsi que le journaliste Simon Hervé
Nko'o de l'hebdomadaire Bebela. Le gouvernement n’a
toujours pas répondu publiquement aux allégations de M. Nko'o selon lesquelles
des agents de sécurité ont recouru à la torture psychologique et physique pour
forcer les journalistes à révéler leurs sources pour un document sur lequel étaient fondées les allégations de malversation
financière. M. Nko'o a depuis fui dans la clandestinité.
Votre Excellence, nous tenons le gouvernement camerounais
responsable du sort de trois autres directeurs de publication actuellement
détenus dans des établissements pénitentiaires au Cameroun, notamment MM.
Mintya et Sabouang et Lewis
Medjo du défunt hebdomadaire La Détente Libre. La santé de M. Medjo,
incarcéré depuis septembre 2008 à la prison de New Bell sise à la ville
commerciale de Douala, s'est détériorée pendant sa détention. Il n’entend plus
de son oreille droite suite à une grave otite
survenue pendant qu'il purge sa peine de trois ans
d’emprisonnement pour avoir commenté un décret présidentiel, son frère Michée
Medjo Gatheu a déclaré au CPJ.
En conséquence, nous vous exhortons à prendre d'urgence
toutes les mesures nécessaires pour assurer que des enquêtes transparentes sur
la mort M. Ngota et les allégations de torture à l'encontre de M. Nko'o soient
menées, et que les résultats soient rendus publics. Nous vous incitons
également à demander des comptes à tous les agents publics impliqués dans les
abus contre les journalistes indépendants et vous exhortons à initier des
réformes sur la presse au Cameroun, notamment sur la
dépénalisation des délits de presse, pour que les médias soient en en mesure de
traiter des questions relatives à la gestion des finances publiques et de
couvrir l’actualité sans crainte de représailles.
Merci de l’attention que vous prêtez à ces questions très importantes. Nous attendons votre réponse.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression
de nos sentiments distingués.
Joël Simon
Directeur Exécutif

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