Attaques contre la presse   |   Angola

Attaques contre la presse en 2010: L'Angola

Principaux Développements
• Une loi criminalise tout reportage jugé outrageant envers le président, les institutions de la République.
• Trois principaux journaux indépendants achetés par une société anonyme. Leur ligne éditoriale devient timide.

Statistique Cle
2 journalistes tués en 2010, dont un reporter sportif togolais tué dans une embuscade contre l'équipe nationale de football du Togo.


Le président José Eduardo dos Santos, qui dirige une des économies les plus dynamiques du monde, mais il a été critiqué pour les inégalités sociales, la corruption et les violations de la liberté de la presse dans son pays. Capitalisant sur la production pétrolière et l'extraction de diamant en plein essor, son gouvernement a investi 1 milliard de dollars pour accueillir en janvier la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de football. Cependant, la CAN que le gouvernement considérait comme une occasion de redorer son image au niveau international, a été entachée par un attentat terroriste contre un convoi de l'équipe nationale togolaise dans l'enclave de Cabinda agitée. L'embuscade, revendiquée par des guérillas séparatistes a couté la vie à deux personnes, dont un journaliste, exposant ainsi la situation sécuritaire précaire. Dos Santos, au pouvoir depuis 1979, et son Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) a cherché à étouffer les reportages indépendants sur cette embuscade. En mi-2010, une société dont les capitaux n'ont pas été divulgués avait acheté trois des principaux journaux indépendants du pays, rendant timide leur couverture.

ATTAQUES CONTRE LA PRESSE EN 2010
Préface
Introduction
Analyse sur L'Internet
Analyse Afrique
Afrique du Sud
Angola
Cameroun
Ethiopie
Nigeria
RDC
Rwanda
Somalie
Ouganda
Zimbabwe
En bref

L'insécurité à Cabinda, une enclave séparée de l'Angola par la République démocratique du Congo (RDC) voisine, a fait la Une des journaux du monde le 8 janvier lorsque des hommes armés ont mitraillé un convoi de véhicules transportant l'équipe nationale de football du Togo. Stanislas Ocloo, 35 ans, journaliste sportif à la chaîne nationale togolaise TVT, et l'entraîneur adjoint de l'équipe togolaise, Hamelet Abulo, ont été tués dans cette attaque. Le Front pour la libération de l'Enclave de Cabinda a revendiqué la responsabilité de cette embuscade, selon les médias. Dans un commentaire sur le blog CPJ en juin, le journaliste d'investigation de premier plan, Rafael Marques de Morais, a déclaré que ses enquêtes menées sur le terrain indiquaient que le gouvernement avait fait pression sur la station catholique Radio Ecclesia et les médias d'État pour qu'ils ne diffusent pas les témoignages de leurs reporters qui avaient survécu l'attaque. En l'absence de tels comptes rendus, qui auraient mis en évidence les éventuelles défaillances des forces de sécurité, les autorités ont réussi à changer la version des faits et éviter d'assumer toute responsabilité dans cette tragédie, a-t-il dit. «La censure aggravée par le manque d'information chez les médias internationaux ont permis au gouvernement de donner une autre version des faits incontestée. Les autorités ont cherché à gagner la compassion internationale sur la base de la lutte antiterroriste, rejetant ainsi la responsabilité sur l'équipe togolaise elle-même », a écrit Marques. Il a été injustement reproché à l'équipe de n'avoir pas informé les autorités de son itinéraire, une affirmation que les faits sur le terrain auraient pu tourner en ridicule, a-t-il ajouté.

Après l'attaque, le gouvernement a arrêté neuf personnes, notamment des responsables communautaires de l'enclave, et les ont accusé d'atteinte à la sécurité nationale, selon des médias. Des organisations de défense des droits de l'homme tels que Human Rights Watch et Amnesty International, ont déclaré que ces chefs d'accusations étaient politiquement motivées et ont accusé le gouvernement d'avoir contraint certaines personnes à faire des aveux. António Bento Bembe, secrétaire du gouvernement angolais pour les droits de l'homme, a démenti ces affirmations. José Manuel Gimbi, un correspondant local de la Voix de l'Amérique, une chaîne financée par le gouvernement des États-Unis, a déclaré avoir reçu des menaces de mort pour ses reportages sur l'attaque et ses conséquences. Gimbi était connu pour les sources exclusives qu'il avait au sein des forces de sécurité et des séparatistes.

Alors que l'attention publique était tournée vers l'attaque de Cabinda et la CAN, l'écrasante majorité du MPLA qui contrôle l'Assemblée nationale de l'Angola a approuvé une nouvelle constitution qui a renforcé la mainmise du parti dirigeant sur le pouvoir. Cette constitution, approuvée en janvier et ratifiée par la Cour suprême, a mis en place un nouveau système politique dans lequel le chef du parti qui a la majorité parlementaire devient automatiquement le président, selon les médias. L'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA, opposition) a boycotté le scrutin, affirmant que ce projet électoral était une atteinte à la démocratie. Cette constitution, qui a remplacé celle de la transition, est la première depuis l'accord de paix de 2002 qui avait mis fin à 27 ans de guerre civile.

Une poignée d'organes de presse indépendants, notamment le site web d'information de Marques, MakaAngola, ont passé au crible la corruption publique en Angola, s'attirant ainsi les réprimandes du gouvernement. Lorsque Marques a publié un rapport critique en septembre qui a qualifié la présidence d'« épicentre de la corruption», le MPLA a rejeté ces conclusions comme une campagne de dénigrement parrainée par des intérêts étrangers pour «ternir tout ce que fait le pouvoir exécutif » en prélude aux élections parlementaires prévues en 2012. Les analyses de la presse se sont faites parallèlement à une enquête du Sénat américain, achevée en février, qui a exposé en détail comment des autorités angolaises ont transféré des millions de dollars vers des institutions financières américaines sans respecter les normes de transfert de fonds, selon les médias. L'Angola n'a cessé de régressé dans l'Indice de perception de la corruption de Transparence International, une enquête annuelle qui mesure les niveaux de corruption dans 178 pays, pour tomber à la 168ème place en 2010.

Un projet de loi sur la sécurité nationale qui a été adopté par l'Assemblée nationale en novembre a offert aux responsables du gouvernement un nouveau bouclier contre le contrôle du public. Cette mesure comprend une disposition réprimant les «mots, images, textes ou sons » qui sont jugés outrageant envers le président, l'Etat ou les institutions publiques, selon des médias. Cette loi, qui a pris effet à la fin de l'année dernière, impose des peines de prison allant jusqu'à deux ans pour toute violation.

En juin, une société anonyme appelée Media Investments SA, qui était auparavant inconnue, a acheté d'un seul coup trois principaux journaux indépendants, qui avaient tous activement fait des reportages sur la corruption gouvernementale. Cette société, qui n'a pas divulgué ses capitaux, a acquis Semanário Angolense, A Capital, et 40 pour cent des actions de Novo Jornal, selon l'agence de presse britannique Reuters. La société n'a fait aucun commentaire sur ces acquisitions.

Le journaliste chevronné Reginaldo Silva, membre indépendant du Conseil national de la communication sociale, l'organisme de régulation des médias dominée par le MPLA, a déclaré au CPJ que la non-divulgation des informations sur les actionnaires est une violation de la loi. «La loi dit que si on achète un journal ou une station de radio, on doit fournir au Conseil les noms de ses actionnaires, même si on a une société prête-nom ou une entreprise anonyme. Cependant, la loi est muette sur les sanctions, ainsi nous n'avons pas le pouvoir de l'appliquer », dit-il.

Avec l'achat de ces journaux, Media Investments S.A. est devenu le troisième plus grand groupe de presse de l'Angola, a indiqué Reuters. Les journalistes ont soutenu que cette nouvelle société s'était alliée avec le parti au pouvoir, en faisant allusion à sa ligne éditoriale qui est devenue timide sous la nouvelle direction. Ils ont également souligné un épisode en août, dans lequel une édition d'A Capital n'est jamais parue. La société a qualifié le problème de «technique», mais des sources locales ont indiqué que la direction s'était opposée à un article ayant critiqué un discours du président sur le logement. Cependant, la société n'a fait aucun commentaire sur cette spéculation.

Semanário Angolense, fondé en 2003, est le journal angolais qui avait le plus grand tirage et l'un des plus indépendants du pays, selon des recherches du CPJ. Son directeur de publication, Felisberto da Grâça Campos, qui avait été emprisonné par le passé pour ses reportages indépendants, a déclaré au CPJ que le journal avait subi des pressions financières parce que l'administration avait commencé à refuser la publicité gouvernementale et à faire pression sur les entreprises privées pour qu'elles ne passent pas leurs annonces via Semanário Angolense. Il a cependant souligné que la publicité gouvernementale via ce journal avait repris depuis la vente.

En septembre et octobre, des journalistes ont été la cible d'une série d'agressions, qui sont toutes restées impunies. En effet, le 5 septembre, des hommes armés ont tué Alberto Graves Chakussanga, 32 ans, présentateur d'une émission d'information interactive hebdomadaire sur Radio Despertar, une station proche de l'UNITA, un parti d'opposition. Il a été retrouvé avec une balle dans le dos à son domicile dans le district de Viana de Luanda, avec seulement une bombonne gaz pour cuisine portée disparue. L'émission de Chakussanga se faisait en Umbundu, la langue de l'Ovimbundu, le plus grand groupe ethnique de l'Angola, selon des journalistes locaux. Aucune arrestation n'était encore signalée à la fin de l'année.

En septembre et octobre, des journalistes ont été la cible d'une série d'agressions, qui sont toutes restées impunies. En effet, le 5 septembre, des hommes armés ont tué Alberto Graves Chakussanga, 32 ans, présentateur d'une émission d'information interactive hebdomadaire sur Radio Despertar, une station proche de l'UNITA, un parti d'opposition. Il a été retrouvé avec une balle dans le dos à son domicile dans le district de Viana de Luanda, avec seulement une bombonne gaz pour cuisine portée disparue. L'émission de Chakussanga se faisait en Umbundu, la langue de l'Ovimbundu, le plus grand groupe ethnique de l'Angola, selon des journalistes locaux. Aucune arrestation n'était encore signalée à la fin de l'année.

Le 22 septembre, des hommes armés ont tiré sur Norberto Abias Sateko, reporter de TV Zimbo, alors qu'il rentrait à pied chez lui dans le bidonville de Prenda à Luanda, selon des journalistes locaux. Sateko, qui avait fait un reportage critiquant la démolition de maisons dans la province Huila au sud-ouest du pays, a été blessé à la jambe, selon des journalistes locaux. Aucune arrestation n'était encore faite à la fin de l'année. Le mois suivant, un inconnu a poignardé António Manuel Manuel Da Silva, commentateur populaire et satiriste de Radio Despertar, connu sous le surnom «Jójó», alors qu'il rentrait à pied à son domicile à Luanda. Le journaliste, qui avait auparavant reçu des menaces de mort, avait critiqué le président pour n'avoir pas abordé la corruption et la criminalité dans un discours au parlement, selon des journalistes locaux. Da Silva a survécu à ses blessures, mais aucune arrestation n'était encore faite à la fin de l'année dernière.

En dehors de Luanda, il y avait peu de médias indépendants et les journalistes opéraient à la merci de la police locale et des autorités qui abusaient fréquemment de leur pouvoir pour réprimer la couverture indépendante. En septembre, la police de la province de Huíla a empêché trois journalistes indépendants basés à Luanda de prendre des photos de la démolition controversée de milliers de maisons par l'administration locale et l'expulsion des habitants vers la capitale provinciale, Lubango, selon des journalistes locaux et des médias. Dans un article paru dans O País, le journaliste Eugénio Mateus a décrit la scène comme suit: «Les victimes ont demandé aux photographes de prendre des photos de la destruction de leurs maisons pour que le monde voit leur détresse, mais un agent en civil et un autre en uniforme et armé ont durci la surveillance en suivant les journalistes pas à pas. « Dans ces circonstances, les agents ont endommagé l'appareil photo du photojournaliste d'O País, Nuno Santos. Les autorités de la province ont déclaré que les inondations avaient mis en danger les habitants, mais ces derniers affirmaient avoir été délogés sans compensation ni relogement adéquat.

Dans des échanges par courriel avec le CPJ, des journalistes internationaux ont indiqué que les processus administratifs d'obtention de visas, d'agréments ou de permis pour effectuer des reportages étaient longs, lourds et compliqués. « Toute la question de l'accréditation, des cartes de presse, des règles pour les journalistes, entrave énormément le travail des médias en Angola », a déclaré un correspondant de médias étrangers, qui, craignant des représailles, a parlé sous couvert d'anonymat. « L'obtention de l'accréditation pour couvrir des événements au niveau local peut aussi être très compliquée et difficile, et dans certains cas, je pense cela est fait exprès», a ajouté le journaliste. Les journalistes ont également souligné certains problèmes particuliers, notamment l'accès à des régions sensibles comme Cabinda et la région de Lunda Norte, au nord-est, qui est riche en diamants. Même lorsque le gouvernement central accorde sa permission, la police locale souvent arrête, harcèle les journalistes et leur exige des pots de vin, selon des journalistes.

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