Le 24 février, un procureur de Yaoundé, la capitale camerounaise, a inculpé Raphaël Nkamtchuen, directeur de publication de la revue La Boussole, de « Complicité de communication avec un détenu » et de « détention de documents administratifs marqués du sceau 'confidentiel'», selon des journalistes locaux. Ces accusations sont basées sur une présumée lettre en date du 27 octobre 2009 du secrétaire général de la présidence de la République, Laurent Esso, qui aurait été divulguée.
Nkamtchuen s'était rendu le 17 février dernier à la prison de Kondengui à Yaoundé où est
emprisonné l'ancien ministre des Finances, Polycarpe Abah Abah. Après une
entrevue avec ce dernier, les gardiens de la prison ont découvert qu'il était
en possession de cette lettre. Nkamtchuen a dit au CPJ que cette lettre lui
avait été transmise de façon confidentielle et qu'il l'avait amenée à la
prison.
La lettre présumée de M. Esso informait le vice-Premier
ministre de la Justice du Cameroun, Amadou Ali, que le président Paul Biya avait
approuvé la proposition du ministre d'arrêter un certain nombre de
fonctionnaires pour corruption, y compris M. Abah Abah, a déclaré le
journaliste au CPJ. M. Esso n'a pas publiquement réagi à ces allégations, selon
des journalistes locaux. M. Abah Abah est l'un des divers hauts responsables arrêtés
ou accusés de corruption depuis le lancement d'une enquête officielle sur la
corruption dénommée opération Epervier, selon des médias.
M. Nkamtchuen a été détenu pendant six jours par la brigade de la
gendarmerie de Kondengui avant d'être inculpé. Il
était encore libre en attendant le
procès prévu le 24 mars courant, mais il a dit au CPJ qu'il a du se refugier en
clandestinité après avoir reçu des menaces par téléphone.
« Nous sommes inquiets pour la sécurité de Raphaël
Nkamtchuen, qui vit en cachette après avoir été inculpé dans le cadre de son travail
d'investigation sur d'éventuels abus de pouvoir par des responsables du
gouvernement camerounais », a déclaré le coordonnateur du plaidoyer pour
l'Afrique du CPJ, Mohamed Keita. « Nous tenons le gouvernement camerounais
responsable de sa sécurité et de son bien-être », a-t-il martelé.
M. Nkamtchuen a contesté les accusations, affirmant au
CPJ que c'était la troisième fois qu'il rendait visite à M. Abah Abah à la
prison de Kondengui et que les gardiens de cette prison n'avaient jamais auparavant
exigé une autorisation spéciale pour communiquer avec un détenu. Cependant, le
journaliste a indiqué qu'un des gardiens a été arrêté sous l'accusation d'avoir
facilité son accès à la cellule de M. Abah Abah.
Il convient de rappeler qu'en février 2010, M. Esso avait ordonné l'arrestation de quatre journalistes enquêtant sur une note confidentielle prétendument dérobée de son bureau qui autorisait le versement de pots-de-vin à des fonctionnaires, selon des recherches du CPJ. Ces arrestations avaient conduit à la mort en détention de l'un des journalistes, Germain Cyrille Ngota.

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