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Rwanda: un journaliste en exil condamné pour « outrage » au chef de l'Etat

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New York, le 6 juin 2011--La Cour suprême du Rwanda a condamné vendredi dernier Jean Bosco Gasasira, rédacteur en chef du journal en ligne Umuvugizi, à une peine d'emprisonnement de deux ans et six mois. M. Gasasira a été condamné sous des accusations d'outrage au président du Rwanda et d'incitation à la désobéissance civile, ont dit au CPJ des journalistes locaux. Ce journaliste estime que sa nouvelle condamnation est probablement lié un article en ligne qu'il a écrit et qui a comparé le président du Rwanda Paul Kagame à celui du Zimbabwe, Robert Mugabe.

Ce journaliste ne peut faire appel de verdict, puisqu'il a été rendu par la plus haute instance judiciaire du pays. Et  il sera mis aux arrêts s'il retourne au Rwanda.

En septembre dernier, M. Gasasira avait été acquitté en première instance. Le procureur de la République, Ruberwa Bonaventure, avait alors fait appel de l'acquittement, requérant ainsi une peine de 10 ans de prison. La Cour suprême du Rwanda a ainsi cassé le verdict rendu en première instance pour satisfaire la requête procureur, ont dit au CPJ des journalistes locaux.

« La décision de la Cour suprême semble être une tentative politisée et à peine voilée de censurer le site en ligne Umuvugizi et de veiller à ce que son rédacteur en chef ne retourne jamais chez lui », a déclaré Tom Rhodes, consultant du CPJ pour l'Afrique de l'Est. « Les autorités de ce pays ne devraient pas recourir à des sanctions pénales lorsqu'elles sont critiquées », a-t-il martelé.

En avril 2010, le Haut conseil des médias, influencé par le gouvernement, avait suspendu pour six mois l'hebdomadaire indépendant Umuvugizi pour avoir prétendument incité à la violence et critiqué le chef de l'Etat. M. Gasasira s'est enfui du pays le même mois après avoir fait l'objet de menaces téléphoniques et de surveillance de la part du service de renseignement militaire, a-t-il déclaré au CPJ. Toutefois, ce rédacteur en chef chevronné a continué de publier Umuvugizi dans une version en ligne pendant son exil. Mais le site d'Umuvugizi a été mystérieusement bloqué pendant les élections présidentielles d'août dernier, ont dit au CPJ des journalistes locaux. Cependant, aucune autorité n'a assumé la responsabilité de cette fermeture temporaire.

« Umuvugizi a plus d'influence aujourd'hui qu'auparavant, malgré le fait qu'ils aient suspendu notre journal dans le pays », a déclaré M. Gasasira au CPJ. Auparavant, Umuvugizi , un journal critique en langue kinyarwanda, était édité à 3.000 exemplaires par mois. En revanche, le site attire actuellement jusqu'à 6.000 lecteurs par jour, a-t-il dit.

La semaine dernière Umuvugizi a été bloqué à nouveau pendant près de trois jours tandis que membre du parti au pouvoir, Tom Ndhairo, a prétendument envoyé par courriel une version fausse du site Web Umuvugizi à un certain nombre de journalistes et d'organisations à but non lucratif, selon des journalistes locaux. M. Gasasira pense que la version falsifiée visait à identifier les lecteurs de son site afin de les dérouter.

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