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La radio onusienne Okapi suspendue DRC

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New York, le 03 décembre 2012 - Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) doivent lever la suspension imposée samedi dernier à la radio onusienne Okapi émettant depuis Kinshasa, la capitale congolaise, a déclaré le Comité pour la protection des journalistes aujourd'hui.

Radio Okapi, la station locale la plus populaire de la RDC, a rapporté sur son site internet que son signal est brouillé depuis samedi après-midi. Les émissions de la station ont été brouillées à Kinshasa mais sont audibles dans d'autres parties du pays, selon des journalistes locaux.

Jean Bosco Bahala, président du Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication (CSAC) de la RDC a déclaré  dimanche dernier à Radio France Internationale (RFI) que Radio Okapi a été suspendue pour quatre jours pour des raisons «administratives». La station est accusée de n'avoir pas soumis sa grille de programme au CSAC.

Cependant, des journalistes locaux ont déclaré au CPJ être convaincus que la suspension est liée à la diffusion par la station jeudi dernier d'une interview avec Jean-Marie Runiga, chef du mouvement rebelle M23 qui a pris le contrôle de certaines parties orientales du pays. Les rebelles du M23 sont d'anciens officiers de l'armée congolaise qui se sont mutinés en avril dernier  avant de s'emparer des principales villes dans la province orientale du Nord-Kivu. Dans son interview accordé à Radio Okapi, Runiga avait critiqué la façon dont le président Joseph Kabila a mené les pourparlers de paix avec les rebelles et a appelé à l'arrestation de John Numbi, chef de la police nationale, pour l'assassinat de l'activiste congolais des droits de l'homme, Floribert Chebeya.

Bahala, a nié sur les ondes de RFI que la suspension de Radio Okapi est liée à l'interview de Runiga, mais a reconnu que le CSAC avait demandé à la station de ne pas diffuser de reportage sur les rebelles. « Nous leur avons demandé de ne pas accorder d'interviews aux rebelles du M23 qui sont considérés comme des terroristes. Mais là n'est pas le problème », a déclaré Bahala sur RFI.

La Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a publié un communiqué dimanche dernier disant que la suspension de Radio Okapi avait été imposée sans notification. Roger Meece, représentant spécial des Nations Unies pour la RDC, a affirmé trouver le moment de la suspension et l'absence de notification « troublants et regrettables».

Radio Okapi est un projet conjoint de la mission de la Mission de l'ONU en RDC et la Fondation Hirondelle basée en Suisse. Elle diffuse en français et quatre langues nationales et possède un auditoire estimé à 22 millions de personnes à travers la RDC.

« Nous condamnons la censure de Radio Okapi par les autorités congolaises, qui a été imposée suite à la diffusion d'un reportage indépendant sur le conflit entre le gouvernement et les rebelles du M23 », a déclaré Mohamed Keita, coordonnateur du plaidoyer pour l'Afrique du CPJ. « Nous demandons aux autorités congolaises de lever immédiatement cette suspension, qui prive des millions de Congolais d'une source d'informations fiables et exhortons les Nations Unies à faire entendre sa voix en faveur de Radio Okapi », a-t-il martelé.

Le CSAC avait également adressé une mise en demeure à Radio Okapi jeudi dernier pour une émission interactive qu'elle avait diffusée le 23 novembre dernier et au cours de laquelle des intervenants avaient critiqué les autorités et la gestion du conflit par le gouvernement, a rapporté l'Agence de presse congolaise. Le CSAC a déclaré que la station avait permis aux intervenants de « manquer de respect à l'autorité et aux institutions établies...de proférer des accusations sans preuve, déformant les faits...et d'inciter à la haine tribale et à l'insurrection», a rapporté l'agence.

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