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Au Bénin, une journaliste condamnée pour offense au chef de l'État

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Abuja, Nigeria, le 24 janvier 2013-- Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a aujourd'hui demandé à la cour d'appel du Bénin d'annuler la condamnation à une peine de prison ferme de la directrice d'une station de télévision privée pour la diffusion en septembre d'une conférence de presse au cours de laquelle un ancien conseiller du président béninois, Boni Yayi, avait critiqué ce dernier.

Le 16 janvier courant, un juge du tribunal de première instance de Cotonou, la capitale économique béninoise, a condamné Berthe Cakpossa, directrice de Canal 3 TV, à trois mois de prison ferme, une amende de 500.000 francs CFA (soit 1.000 dollars américains) et à verser un franc symbolique au président Yayien guise de dommages-intérêts, selon des médias. Mme Cakpossa a été jugée coupable d '«offense au chef de l'État », ont rapporté des médias. Son avocat, Claret Dedie, a déclaré au CPJ que la journaliste va interjeter appel du verdict. Me Dedie a également souligné que des peines de prison de moins de six mois ne nécessitent pas d'incarcération immédiate au Bénin, et que l'appel avait suspendu l'exécution de la peine.

Mme Cakpossa a été inculpée en vertu du code pénal béninois pour la diffusion le 18 septembre dernier d'une conférence de presse au cours de laquelle Lionel Agbo, un ancien conseiller du président Yayi, avait accusé l'entourage de ce dernier de corruption et prétendu que le chef de l'État était au courant des faits, selon des journalistes locaux et des médias. En vertu de la loi sur la presse béninoise de 1997, les journalistes sont considérés comme les auteurs des déclarations de tierces personnes qu'ils rapportent, a dit Me Dedie au CPJ. M. Agbo a été condamné à six mois de prison pour les mêmes chefs d'accusation, a déclaré Cakpossa.

Le lendemain de la diffusion de l'émission, Yayi a déposé une plainte auprès de la Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication (HAAC) dans laquelle il a nié les allégations et a accusé Canal 3 de porter atteinte à la cohésion nationale et de «troubler l'ordre public», selon des médias. Le 20 novembre dernier, la HAAC a suspendu deux des émissions-débats de Canal 3 TV. La plainte du président Yayi a ainsi conduit aux poursuites contre Cakpossa.

« Le président Boni Yayi a use de son influente autorité pour faire pression sur la justice béninoise pour régler des compte à un groupe de presse qui a diffusé une déclaration dérangeant son pouvoir. La condamnation de Berthe Cakpossa témoigne de la volonté du président béninois de mettre son gouvernement à l'abri de toute critique et distrait l'attention des sérieuses allégations de corruption avancées contre son gouvernement », a déclaré Mohamed Keita, coordonnateur du plaidoyer pour l'Afrique du CPJ basé à New York. « Nous demandons à la cour d'appel de casser ce verdict, qui ternit l'image du Bénin en tant que nation libre, démocratique », a-t-il martelé.

La directrice de Canal 3 TV a déclaré au CPJ avoir également fait l'objet de poursuites pour diffamation fondées sur une plainte connexe déposée par des collaborateurs du président pour la même émission. Elle a cependant précisé qu'elle a été acquittée des accusations de diffamation dans cette affaire.

Me Dedie a déclaré au CPJ avoir été surpris par la condamnation de Cakpossa pour offense au chef de l'État, étant donné que ce dernier a récemment limogé certains de ses collaborateurs accusés de corruption. L'avocat a également souligné que la journaliste a fait l'objet de deux procès distincts pour la même émission, mais condamnée uniquement dans le cadre de la plainte du chef de l'État.

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