Après l'élection présidentielle d'octobre qui a permis à Paul Biya de prolonger son règne de 29 ans à la tête du Cameroun, le gouvernement a cherché à juguler les manifestations populaires et la couverture par les médias des protestations qui ont suivi cette élection. Après avoir consolidé son pouvoir en modifiant la constitution pour lever le verrou sur la limitation des mandats et en nommant massivement ses fidèles partisans parmi les membres de l'organe chargé d'observer les élections, Paul Biya s'est arrogé 78 pour cent des voix dans un scrutin marqué par une faible participation et entaché d'irrégularités selon les États-Unis d'Amérique et la France. Vingt-deux candidats de l'opposition, qui ne pèsent pas grand chose, se sont partagé le reste des voix. Avec un espace politique et médiatique sous l'emprise de Paul Biya, les médias sociaux sont devenus le principal moyen pour critiquer son bilan en matière de répression politique, de pauvreté et de corruption. En février, le porte-parole du gouvernement M. Issa Tchiroma Bakary a convoqué des journalistes à son bureau et a accusé les Camerounais utilisant les médias sociaux, dont beaucoup sont basés à l'étranger, de « manipuler » les jeunes pour déstabiliser le pays. Un mois plus tard, le gouvernement a temporairement fermé un service de messagerie SMS via Twitter pour déjouer des manifestations potentielles. Les forces de sécurité s'en sont prises à des journalistes couvrant la dispersion violente de manifestations à petite échelle, alors que des journalistes-citoyens ont posté sur YouTube plusieurs vidéos montrant les manœuvres policières musclées. Tout au long de l'année, des personnalités publiques ont profité de leur position pour engager des poursuites contre des journalistes qui enquêtaient sur des affaires de corruption. Au moins trois journalistes critiques ont été détenus pendant des durées variées.