Un éditeur camerounais condamné par défaut à la prison


New York, le 28 août 200—Le 13 août, un tribunal de Kumbo, ville au nord-ouest du Cameroun, a condamné in absentia l’éditeur d’un petit journal anglophone à un an de prison, selon le Syndicat National des Journalistes du Cameroun. La condamnation est liée aux prétendues offenses de la presse faites par le journal, qui a publié cette année une série d’articles clamant la corruption au sein de l’administration locale.

Wirkwa Eric Tayu, de l’hebdomadaire privé The Nso Voice, unique média basé à Kumbo, a été condamné à un an de prison et à une amende de 850 000 francs CFA (1 800 dollars américains) sur huit chefs d’inculpation pour offenses de la presse, incluant la diffamation criminelle, selon le syndicat. Ni Tayu, ni aucun avocat de la défense n’étaient présents quand le verdict à été prononcé, a déclaré le conseiller de la défense Blaise Berinyuy au CPJ, ajoutant qu’il n’avait jamais reçu de notification d’audience. Un pourvoi en appel a été déposé.

« La condamnation à la prison contre Wirkwa Eric Tayu est une flagrante tentative de censure sur les reportages contestataires par les autorités sur place », a déclaré Joël Simon, directeur exécutif du CPJ. « Les accusations à l’encontre du journal sont douteuses et la condamnation doit être revue en appel. »

Un mandat d’arrêt a été délivré pour Tayu. Le dernier a fui en cachette une semaine avant le verdict, a déclaré la rédactrice en chef adjointe du Nso Voice, Alice Tomla, au CPJ. Les autorités ont détenu le père de Tayu, un chef local, pour ne pas avoir livrer son fils, selon des journalistes sur place. Le journal et son supplément, The Nso Voice Hotline, ont cessé de paraître depuis le verdict, par crainte des représailles de l’administration locale, a affirmé Tomla. La police a perquisitionné les locaux du journal au moins trois fois ces dernières semaines, selon des journalistes locaux.

Des reporters ont déclaré que les accusations étaient liées à un article du 23 avril intitulé « Scandale de Corruption et de Malversation au Conseil Urbain de Kumbo », basé sur un audit du gouvernement, incriminant le maire de Kumbo dans des affaires de corruption.

Les charges contre Tayu incluaient la publication sans autorisation d’un supplément, selon Berinyuy. Mais les journaux publient couramment des éditions supplémentaires, en utilisant la même autorisation gouvernementale, a déclaré Jean-Marc Soboth, secrétaire général du Syndicat National des Journalistes.

Les autorités ont également accusé Tayu de ne pas avoir déposé de copies du journal dans les bureaux du procureur régional, avant la vente et la distribution de celui-ci, comme il est stipulé selon la loi camerounaise de 1990 sur la presse. Dans les zones isolées et les petites villes, les autorités appliquent la loi comme moyen de censure sur des contenus jugés obscènes ou comme étant une menace à l’ordre public, selon Soboth. Les journaux des zones urbaines ne le font donc plus, a-t-il affirmé.

Dans la région de Bui, où Kumbo est située, les autorités ont ciblé The Nso Voice à cause de ses reportages critiquant l’administration locale ces dernières années, selon une enquête du CPJ. En 2004, Tayu a été incarcéré pendant huit mois pour de prétendues diffamations à l’encontre du maire de Kumbo.

Plus tôt cette année, après des cris de réprobation des médias, le gouvernement camerounais ont mis de cote un projet de loi octroyant aux administrations régionales des pouvoirs complets de suspension et de contrôle des médias, selon Soboth.




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