Le conflit, bien que concentré sur la vaste zone
saharienne au nord du pays, a coûté la vie à un journaliste de premier plan de
la capitale Niamey. Abdou Mahamane, directeur de la première radio indépendante
du Niger, Radio et Musique, a été tué le 8 janvier après que sa Toyota a
roulé sur une mine dans une banlieue ouest de Niamey.
Mahamane, plus souvent appelé « Jeannot », avait 50 ans. Personne n'a
revendiqué la responsabilité de cette explosion, mais elle a eu lieu dans un
quartier habité par des membres de l'armée et a largement été perçue comme une
extension du conflit. Les enquêtes du CPJ n'ont pas immédiatement suggéré que
le journaliste avait été délibérément visé. Les autorités, elles, ont annoncé
l'ouverture d'une enquête.
Le conflit meurtrier est demeuré un
sujet sensible pour les médias. Le pouvoir a imposé une stricte interdiction de la couverture de la
rébellion et a empêché l'accès de la zone de guerre aux médias locaux et
internationaux. Le reporter Thomas Dandois et le caméraman Pierre Creisson de
la télévision franco-allemande Arte, ont passé un mois en prison, accusés
d'avoir porté atteinte à la sécurité nationale après que la police de
Niamey ait trouvé des films et des photos des rebelles. Tous deux ont été
graciés en janvier après le dépôt d'une caution de 10 millions de francs CFA (22 271 dollars US).
L'autocensure a été généralisée à
Agadez dans le fief des rebelles au nord, où les autorités ont imposé des
mesures d'urgence comme la détention indéfinie sans contrôle judiciaire. En
février, Ibrahim Manzo Diallo, rédacteur en chef du bimensuel Aïr Info, seule publication à Agadez, a
été libéré sous caution après quatre mois de prison. Accusé d'être impliqué
dans une manifestation antigouvernementale, Diallo avait été arrêté en octobre
2007 et inculpé d'association de malfaiteurs. Son interpellation avait fait
suite à la suspension de son journal pour avoir supposément porté atteinte au moral des troupes à travers des articles critiquant les opérations
gouvernementales de sécurité. Les efforts du pouvoir pour contrôler l'information
sur le conflit n'ont cependant pas dissuadé des rebelles ayant le sens de la
communication. Ceux-ci ont continué à diffuser des communiqués sur leur blog
basé en France et ont utilisé le
téléphone satellite pour faire des interviews avec les
médias.
Les autorités ont affirmé avoir
intercepté l'une de leurs communications satellitaires lorsqu'elles ont arrêté
Kaka, correspondant de Radio France Internationale (RFI), en septembre 2007 sur
la base d' écoutes téléphoniques portant sur des prétendues conversations entre
le reporter et le chef rebelle Agali Alambo. Kaka est demeuré emprisonné durant
la majeure partie de l'année pour « complicité d'atteinte à l'autorité de
l'Etat », charge pouvant encourir une peine de prison à vie. Dans un entretien
depuis sa prison, en juillet, Kaka a déclaré au journal burkinabé L'Observateur que les autorités avaient
monté les enregistrements de toute pièce pour déformer ses déclarations.
Le gouvernement a eu du mal à faire
valoir son dossier. Un tribunal a jugé que les enregistrements avaient été
obtenus illégalement. Le 7 octobre, une chambre d'appel a ordonné la libération
sous caution de Kaka et sa poursuite pour le chef d'accusation moins grave
d'« atteinte à l'intégrité du territoire national ». Cette inculpation
était susceptible d'entraîner une peine maximale de dix ans de prison, selon
l'avocat de la défense Boureïma Fodi.
Même la couverture de l'affaire Kaka
s'est avérée risquée pour les médias. En mars, à la suite d'une série
d'émissions diffusées pendant une journée sur RFI en soutien à Kaka, les
autorités ont sommairement interdit les émissions en modulation de frequence de
la station basée en France. Dans un entretien avec le CPJ, Daouda Diallo,
président de l'organe national officiel de régulation des médias, le Haut
Conseil de la Communication, a accusé RFI de « mensonges » et
« d'une intention manifeste de discréditer les institutions du
Niger ». L'interdiction a été levée en juin.
Le Mouvement national pour la société
et le développement, le parti au pouvoir, a aussi fait face à une scission au
sein de ses rangs à l'approche de l'élection présidentielle. Hama Amadou,
candidat à l'élection de 2009, a été arrêté en juin pour le détournement
présumé de 100 millions de francs CFA (200 000 dollars US) au cours de son
mandat de premier ministre. Amadou, qui avait été démis par le parlement en
2007, a nié tout méfait. Tandis que ses partisans demandaient sa libération,
les supporters du président Tandja ont commencé à organiser des émissions sur
les médias publics débattant de la possibilité d'un amendement constitutionnel
permettant à ce dernier de se présenter pour un troisième mandat.
Reporters et responsables de rédaction
ont couru des risques dans la couverture de cette polémique. En février, Aboubacar
Gourouza, rédacteur en chef du bimensuel L'Eveil
Plus, dont la ligne éditoriale soutient Amadou, a été arrêté et inculpé
pour diffamation pour un éditorial critiquant un rival politique d'Amadou,
Moussa Keita. Gourouza a aussi été inculpé d'outrage à la justice à propos
d'une chronique critiquant la gestion de deux affaires de corruption de premier
ordre. Il a été condamné à un mois de prison et à une amende de 50 000
francs CFA (120 dollars US).
Cette affaire a illustré le risque
d'une couverture
favorable à l'ancien premier ministre aujourd'hui pris pour cible. Elle ne fut
pas la seule. En août, le Haut Conseil de la Communication a soudainement
suspendu pendant un mois la télévision et radio Dounia, basée à Niamey, pour
« non-respect de son cahier de charges ». La station a contesté cette
vague allégation. Plusieurs sources ont aussi confié au CPJ que ce jugement
était lié à la couverture d'envergure d'Amadou et de ses partisans par Dounia.
Dans la dernière phase avant les élections de
2009, le pouvoir a imposé des restrictions
croissantes sur la presse, sur le plan légal et administratif. Le 30 juin, les
autorités ont brusquement fermé la Maison de la Presse, affirmant qu'elle
« devenait l'otage de certains groupes d'intérêts à l'agenda caché »,
selon un communiqué du ministre de la Communication Ben Omar Mohamed. Cette
action a privé 14 associations de professionnels des médias d'un lieu au sein
du ministère de la Jeunesse et des Sports, selon des journalistes locaux. Plus
tard, le gouvernement a conditionné la réouverture de la maison de la presse à
l'inclusion à son sein de deux représentants
du gouvernement en tant que membres. Les journalistes ont refusé. Dans une
déclaration diffusée en septembre sur la télévision nationale, Mohamed a menacé
d'interdire toutes les associations de presse.
Les cartes de presse ont été une autre
source de tension. Le Haut conseil de la Communication a commencé à appliquer
une disposition de 2006 selon laquelle tous les journalistes doivent être
accrédités par le gouvernement, alors même que de nombreux journalistes
indépendants ont dit au CPJ que cet organisme avait échoué depuis des mois à
traiter les demandes. En juillet et août, la police a convoqué des dizaines de
responsables de journaux pour déterminer s'ils possédaient une carte de presse.
Aucune inculpation n'a été prononcée.
Les journalistes indépendants couvrant la corruption ou la mauvaise gestion gouvernementale ont subi mises en détention, poursuites pénales et peines de prison sous le coup de la loi nationale sur les insultes. Les responsables hauts placés mis en cause dans ces reportages ont invariablement obtenu des condamnations.
En février, le ministre des Finances
Lamine Zeine a eu gain de cause dans une poursuite pour diffamation à l'encontre
de Ibrahim Souley et Soumana Idrissa Maïga, respectivement rédacteur en chef et
propriétaire du bimensuel L'Enquêteur,
au sujet d'un article alléguant d'irrégularités dans l'attribution de contrats
de construction de routes. Souley et Maïga ont été condamnés à un mois de
prison chacun et 40 000 francs CFA d'amende (90 dollars US). En novembre,
la justice a aussi donné raison au ministre de l'Intérieur Albadé Abouba dans
sa plainte pour diffamation contre Zakari Alzoumana, rédacteur en chef de l'hebdomadaire
Opinions. Alzoumana, dont le journal
avait allégué un scandale de corruption dans l'attribution de contrats dans le
secteur du transport aérien, a reçu une peine de trois mois avec sursis. Une
centaine de journalistes ont alors protesté dans les rues de Niamey contre
cette affaire.
Pour compléter cette série de plaintes
pour diffamation lancée par le gouvernement, le directeur général de la Société nigérienne
d'électricité a obtenu la condamnation, en novembre, de Moussa Aksar
et Aboubacar Sani, rédacteur en chef et reporter à l'hebdomadaire L'Evénement. Ces journalistes ont reçu
une peine de trois mois de prison et 500 000 francs CFA (1000 dollars US)
de dommages et intérêts, à la suite d'articles examinant la gestion de cet
organisme. Aksar et Sani ont passé cinq jours en prison avant d'être remis en
liberté en attendant un appel. Une nouvelle positive est à noter.
En février, le dirigeant libyen le
Colonel Mouammar Kadhafi, a abandonné ses poursuites pour diffamation qui
demandaient quelque 300 millions de francs CFA (590 000 dollars US) de
dommages et intérêts à trois journaux privés à propos de leur couverture de la
Libye et du conflit des Touaregs. Le bimensuel L'Action et les hebdomadaires Le
Canard Déchaîné et L'Evénement
avaient parlé de liens présumés entre la Libye et les rebelles.
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