Attaques contre la presse   |   Zimbabwe

Attaques contre la presse en 2008: Zimbabwe

Le président Robert Mugabe et son parti Zanu-PF, surpris par un ballottage qui a menacé leur règne vieux de 28 ans, ont déclenché une brutale répression contre les partisans de l'opposition et la presse. Geoff Hill, journaliste chevronné, a décrit les semaines entre le premier tour du scrutin, en mars, et le second tour en juin comme « la pire période pour les journalistes dans l'histoire du Zimbabwe », un avis partagé par de nombreux reporters étrangers et nationaux.

Mugabe, qui avait perdu les élections du 29 mars, est sorti vainqueur trois mois plus tard d'un second tour entaché de violences où les partisans du Zanu-PF ont orchestré une campagne brutale contre les sympathisants de l'opposition du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Une centaine de personnes ont été tuées dans ces violences. Pendant la période électorale, la police et les officiers de sécurité ont eu recours à une législation sur les médias obsolète afin de jeter en prison au moins 16 journalistes et employés de médias - une vague d'incarcérations sans précédent dans l'histoire du pays. Ils en ont harcelé et empêché de travailler au moins 23 autres, selon une enquête du CPJ. Cette répression d'ampleur nationale a visé n'importe quel employé du secteur: distributeurs, avocats spécialisés dans la défense des journalistes et diffuseurs publics considérés comme « déloyaux » envers le parti au pouvoir. En septembre, face à la condamnation internationale, Mugabe a conclu un accord de partage du pouvoir avec Morgan Tsvangirai mais, fin 2008, cet arrangement s'avérait fragile et les défenseurs de la presse se sont plaints qu'il ne traitait guère de la question de la répression des médias.

L'établissement d'un gouvernement d'unité nationale a buté sur le contrôle des ministères clés, dont la Défense, les Finances et l'Intérieur. La situation politique a confiné à l'absurde : Tsvangirai avait le titre de Premier ministre mais ne pouvait pas obtenir son propre passeport. La tragédie a semblé poindre à chaque coin de rue pour des Zimbabwéens en proie aux souffrances. L'économie a sombré hors de tout contrôle avec une inflation record de 231 millions %, selon la presse. En décembre, la situation du pays s'était tellement détériorée que les soldats se révoltaient et se livraient au pillage des magasins, tandis que plus de mille personnes mourraient du choléra, selon les estimations de l'Onu. Le Programme alimentaire mondial des Nations unies a estimé que la moitié de la population du Zimbabwe aurait besoin d'une aide alimentaire en 2009.

Les organisations pour la liberté de la presse et les journalistes locaux ont critiqué l'accord de partage du pouvoir car il ne traitait pas du besoin pressant de réformer les lois nationales sur les médias. Si l'accord contient bien une disposition reconnaissant l'importance de la liberté d'expression et encourageant le développement des médias audiovisuels privés, il ne prévoit aucune mesure spécifique. La loi sur les services audiovisuels interdit la propriété et le financement étrangers dans ce secteur, empêchant de fait le développement de médias audiovisuels privés, étant donné l'état de dévastation économique du pays.

Peu de médias indépendants ont opéré dans le pays au cours des dernières années, fruit de longues restrictions imposées par le pouvoir. La radio et la télévision d'Etat dominent le paysage, inondant les ondes de la propagande de soutien au parti au pouvoir et diffamant l'opposition. Aucun quotidien et média audiovisuel privé indépendant n'existe. Seuls deux hebdomadaires indépendants notoires continuent de publier. L'essentiel des informations indépendantes sont venus de journalistes zimbabwéens en exil animant des sites Internet basés à l'étranger et des stations de radio établies à Londres, Washington ainsi qu'en Afrique du Sud. Une petite poignée de journaux sud-africains sont distribués au Zimbabwe.

Ironiquement, le gouvernement de Mugabe a décidé, en janvier, d'assouplir des lois sur la presse considérées comme parmi les plus restrictives au monde. Dans des discussions avec la Communauté de développement d'Afrique australe, organisation régionale pour le commerce et la sécurité, le pouvoir a accepté d'amender la Loi sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée. Cette loi répressive en matière d'accréditations permettait efficacement au gouvernement de décider qui pouvait couvrir l'actualité et qui ne le pouvait pas. Les amendements, votés par le Parlement, permettaient apparemment aux reporters zimbabwéens de travailler sans accréditation et facilitaient l'entrée dans le pays de journalistes internationaux. Pourtant, le gouvernement a largement ignoré cette réforme, interdisant à la plupart des journalistes étrangers de venir dans le pays pour couvrir les élections et continuant d'appliquer les dispositions obsolètes pour les accréditations. Dans la phase finale de la campagne, la Commission électorale du Zimbabwe a refusé l'entrée aux médias internationaux comme la BBC, CNN, Sky News et la chaîne sud-africaine e.tv. Dans au moins 19 cas étudiés par le CPJ, la police a invoqué des parties caduques de la loi sur les accréditations pour harceler, détenir ou faire obstacle aux journalistes.

Barry Bearak, reporter au New York Times, a fait partie de ceux arrêtés selon les termes de cette loi. « L'un de mes gardiens, l'inspecteur Dani Rangwani, a décrit mon infraction comme quelque chose de répugnant », a raconté Bearak, qui a été détenu pendant cinq jours. « J'étais accusé d'avoir commis le crime de journalisme. » L'avocate des droits de l'homme Beatrice Mtetwa, lauréate du Prix du Mémorial Benjamin Burton du CPJ en 2008, a obtenu le rejet des charges contre Bearak. Son organisation, Avocats pour les droits de l'homme au Zimbabwe, a pris la tête de la défense des journalistes, obtenant de tels rejets à plusieurs reprises. Face à la répression massive par le pouvoir exécutif, le système judiciaire national a montré un certain degré d'indépendance. L'enquête du CPJ montre qu'au moins 16 plaintes pénales contre des journalistes ont été clairement rejetées par les tribunaux et qu'aucun d'entre eux n'a été, au bout du compte, incarcéré pendant plus d'un mois.

Comme le décrit le rapport spécial du CPJ publié en juin et intitulé « De mal en pis au Zimbabwe », la répression contre la presse par le parti au pouvoir s'est exercée à l'échelle nationale. Au moins la moitié des violations de la liberté de la presse enregistrées par le CPJ ont eu lieu en milieu rural, rendant difficile la conduite d'interviews et la collecte d'informations par les journalistes. « Nous ne pouvons pas nous rendre dans les zones rurales pour faire des reportages sur la violence comme nous le pouvions début avril », dit Peta Thornycroft, une journaliste zimbabwéenne travaillant pour le Daily Telegraph de Londres. « Nous ferions courir des risques à des gens qui sont déjà en danger. Plusieurs contacts nous ont envoyé des messages pour nous dire de ne pas venir. »

Dans les villes de banlieue de Mabvuku et Tafara, les milices du parti au pouvoir ont agressé des personnes qui ne faisaient que lire l'hebdomadaire privé The Standard, selon ce dernier. Dans des villages au sud du pays, ces milices ont enlevé de force des antennes satellite qui recevaient des stations de la région.

A l'approche du second tour en juin, le gouvernement a fait obstacle aux journaux internationaux en imposant jusqu'à 60 % d'augmentation sur les taxes à l'importation. En ce qui concerne The Zimbabwean, un hebdomadaire indépendant imprimé en Afrique du Sud, le coût total a été de 140 000 rands sud-africains (17 500 dollars US) par numéro, selon le rédacteur en chef du journal en poste au Royaume-Uni, Wilf Mbanga. Le gouvernement a aussi imposé un prix limité à la vente au numéro, forçant les journaux indépendants à vendre en dessous du prix du marché. The Zimbabwean a, d'autre part, subi une attaque directe. En mai, des membres présumés de la sécurité ont détourné un camion de livraison du journal dans la ville de Masvingo, au sud-est du pays. Ils ont battu le chauffeur et mis feu au véhicule avec 60 000 exemplaires à l'intérieur.

Une poursuite judiciaire contre le rédacteur en chef de The Standard Davison Maruziva, a traîné tout au long de l'année. Maruziva a passé une nuit en garde à vue à Harare pour avoir publié, le 19 avril, un article d'opinion écrit par le dirigeant d'un groupe dissident du MDC, Arthur Mutambara. Maruziva a été inculpé dans le cadre du dure code pénal, qui interdit la publication d'informations censées porter préjudice à l'Etat. L'affaire a été portée devant la Cour suprême fin 2008. Avec cette loi, le simple fait d'émettre une remarque critiquant Mugabe est une infraction pénale. En mai, l'avocat de la défense Harrison Nkomo a été arrêté pour avoir supposément fait une déclaration insultante à l'égard de Mugabe au sortir d'une salle d'audience de la Haute cour d'Harare. A l'époque, Nkomo défendait le journaliste freelance Frank Chikowore, pris en train de couvrir un rassemblement de manifestants du MDC dans une banlieue de la capitale. La poursuite contre Nkomo a été abandonnée après que Mtetwa a contesté son caractère anticonstitutionnel. Celle contre Chikowore a aussi été rejetée.

En mai, le parti au pouvoir a pris pour cible les journalistes des médias publics considérés comme insuffisamment zélés, en licenciant Henry Muradzikwa, directeur exécutif de la Zimbabwe Broadcasting Corporation (ZBC) et en suspendant sept autres employés. Puis, le porte-parole du Président, George Charamba, a ordonné aux médias d'Etat de bloquer les publicités électorales du MDC et les éditoriaux favorables à l'opposition, selon la presse. Happison Muchechetere, le fidèle de Mugabe nommé à la tête des médias d'Etat, s'est assuré d'une programmation pro-Mugabe. Fin juin, ces médias ne diffusaient que des publicités favorables au Zanu-PF et offraient une couverture limitée de la violence politique à travers le pays, selon l'organisme indépendant Projet de monitorat des médias au Zimbabwe.

Le harcèlement et la détention de journalistes ont baissé après la médiation post-électorale, bien que les médias d'Etat aient continué leur rhétorique anti-MDC et que la brutalité policière ait perduré. En juillet, le photographe de l'agence Associated Press, Tsvangirai Mukwazhi, a été sévèrement battu par la police à son domicile d'Harare, avant d'être provisoirement détenu au poste de police de Southerton, selon le témoignage de journalistes au CPJ. La police a accusé le photographe de « jeter le discrédit sur le pays », mais elle n'a émis aucune charge contre lui.

Le naufrage économique du pays a affaibli un peu plus la presse indépendante. Moins de journaux indépendants ont été distribués dans un environnement propice aux pénuries en équipement et en imprimerie, selon l'éditeur de The Standard, Raphael Khumalo. Simultanément, le gouvernement a continué de subventionner les médias d'Etat. 


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