L'établissement d'un gouvernement
d'unité nationale a buté sur le contrôle des ministères clés, dont la Défense,
les Finances et l'Intérieur. La situation politique a confiné à
l'absurde : Tsvangirai avait le titre de Premier ministre mais ne pouvait
pas obtenir son propre passeport. La tragédie a semblé poindre à chaque coin de
rue pour des Zimbabwéens en proie aux souffrances. L'économie a sombré hors de
tout contrôle avec une inflation record de 231 millions %, selon la presse. En
décembre, la situation du pays s'était tellement détériorée que les soldats se
révoltaient et se livraient au pillage des magasins, tandis que plus de mille
personnes mourraient du choléra, selon les estimations de l'Onu. Le Programme
alimentaire mondial des Nations unies a estimé que la moitié de la population
du Zimbabwe aurait besoin d'une aide alimentaire en 2009.
Les organisations pour la liberté de la presse et les journalistes locaux ont critiqué l'accord de partage du pouvoir car il ne traitait pas du besoin pressant de réformer les lois nationales sur les médias. Si l'accord contient bien une disposition reconnaissant l'importance de la liberté d'expression et encourageant le développement des médias audiovisuels privés, il ne prévoit aucune mesure spécifique. La loi sur les services audiovisuels interdit la propriété et le financement étrangers dans ce secteur, empêchant de fait le développement de médias audiovisuels privés, étant donné l'état de dévastation économique du pays.
Peu de médias indépendants ont opéré
dans le pays au cours des dernières années, fruit de longues restrictions
imposées par le pouvoir. La radio et la télévision d'Etat dominent le paysage,
inondant les ondes de la propagande de soutien au parti au pouvoir et diffamant
l'opposition. Aucun quotidien et média audiovisuel privé indépendant n'existe.
Seuls deux hebdomadaires indépendants notoires continuent de publier.
L'essentiel des informations indépendantes sont venus de journalistes
zimbabwéens en exil animant des sites Internet basés à l'étranger et des
stations de radio établies à Londres, Washington ainsi qu'en Afrique du Sud.
Une petite poignée de journaux sud-africains sont distribués au Zimbabwe.
Ironiquement, le gouvernement de Mugabe a décidé,
en janvier, d'assouplir des lois sur la presse considérées comme parmi les plus
restrictives au monde. Dans des discussions avec la Communauté de développement
d'Afrique australe, organisation régionale pour le commerce et la sécurité, le
pouvoir a accepté d'amender la Loi sur l'accès à l'information et la protection
de la vie privée. Cette loi répressive en matière d'accréditations permettait
efficacement au gouvernement de décider qui pouvait couvrir l'actualité et qui
ne le pouvait pas. Les amendements, votés par le Parlement, permettaient
apparemment aux reporters zimbabwéens de travailler sans accréditation et
facilitaient l'entrée dans le pays de journalistes internationaux. Pourtant, le
gouvernement a largement ignoré cette réforme, interdisant à la plupart des
journalistes étrangers de venir dans le pays pour
couvrir les élections et continuant d'appliquer les dispositions obsolètes pour
les accréditations. Dans la phase finale de la campagne, la Commission
électorale du Zimbabwe a refusé l'entrée aux médias internationaux comme la
BBC, CNN, Sky News et la chaîne sud-africaine e.tv. Dans au moins 19 cas
étudiés par le CPJ, la police a invoqué des parties caduques de la loi sur les
accréditations pour harceler, détenir ou faire obstacle aux journalistes.
Barry Bearak, reporter au New York Times, a fait partie de ceux
arrêtés selon les termes de cette loi. « L'un de mes gardiens,
l'inspecteur Dani Rangwani, a décrit mon infraction comme quelque chose de
répugnant », a raconté
Bearak, qui a été détenu pendant cinq jours. « J'étais accusé d'avoir
commis le crime de journalisme. » L'avocate des droits de l'homme Beatrice
Mtetwa, lauréate du Prix du Mémorial Benjamin Burton du CPJ en 2008, a obtenu
le rejet des charges contre Bearak. Son organisation, Avocats pour les droits
de l'homme au Zimbabwe, a pris la tête de la défense des journalistes, obtenant
de tels rejets à plusieurs reprises. Face à la répression massive par le
pouvoir exécutif, le système judiciaire national a montré un certain degré
d'indépendance. L'enquête du CPJ montre qu'au moins 16 plaintes pénales contre
des journalistes ont été clairement rejetées par les tribunaux et qu'aucun
d'entre eux n'a été, au bout du compte, incarcéré pendant plus d'un mois.
Comme le décrit le rapport spécial du
CPJ publié en juin et intitulé « De mal en pis au Zimbabwe », la
répression contre la presse par le parti au pouvoir s'est exercée à l'échelle
nationale. Au moins la moitié des violations de la liberté de la presse
enregistrées par le CPJ ont eu lieu en milieu rural, rendant difficile la
conduite d'interviews et la collecte d'informations par les journalistes.
« Nous ne pouvons pas nous rendre dans les zones rurales
pour faire des reportages sur la violence comme nous le pouvions début
avril », dit Peta Thornycroft, une journaliste zimbabwéenne travaillant
pour le Daily Telegraph de Londres.
« Nous ferions courir des risques à des gens qui sont déjà en danger.
Plusieurs contacts nous ont envoyé des messages pour nous dire de ne pas
venir. »
Dans les villes de banlieue de Mabvuku
et Tafara, les milices du parti au pouvoir ont agressé des personnes qui ne
faisaient que lire l'hebdomadaire privé The
Standard, selon ce dernier. Dans des villages au sud du pays, ces milices
ont enlevé de force des antennes satellite qui recevaient des stations de la
région.
A l'approche du second tour en juin,
le gouvernement a fait obstacle aux journaux internationaux en imposant jusqu'à
60 % d'augmentation sur les taxes à l'importation. En ce qui concerne The Zimbabwean, un hebdomadaire
indépendant imprimé en Afrique du Sud, le coût total a été de 140 000
rands sud-africains (17 500 dollars US) par numéro, selon le rédacteur en
chef du journal en poste au Royaume-Uni, Wilf Mbanga. Le gouvernement a aussi
imposé un prix limité à la vente au numéro, forçant les journaux indépendants à
vendre en dessous du prix du marché. The
Zimbabwean a, d'autre part, subi une attaque directe. En mai, des membres
présumés de la sécurité ont détourné un camion de livraison du journal dans la
ville de Masvingo, au sud-est du pays. Ils ont battu le chauffeur et mis feu au
véhicule avec 60 000 exemplaires à l'intérieur.
Une poursuite judiciaire contre le
rédacteur en chef de The Standard
Davison Maruziva, a traîné tout au long de l'année. Maruziva a passé une nuit
en garde à vue à Harare pour avoir publié, le 19 avril, un article d'opinion
écrit par le dirigeant d'un groupe dissident du MDC, Arthur Mutambara. Maruziva
a été inculpé dans le cadre du dure code pénal, qui interdit la publication
d'informations censées porter préjudice à l'Etat. L'affaire a été portée devant
la Cour suprême fin 2008. Avec cette loi, le simple fait d'émettre une remarque
critiquant Mugabe est une infraction pénale. En mai, l'avocat de la défense
Harrison Nkomo a été arrêté pour avoir supposément fait une déclaration
insultante à l'égard de Mugabe au sortir d'une salle d'audience de la Haute
cour d'Harare. A l'époque, Nkomo défendait le journaliste freelance Frank
Chikowore, pris en train de couvrir un rassemblement de manifestants du MDC
dans une banlieue de la capitale. La poursuite contre Nkomo a été abandonnée
après que Mtetwa a contesté son caractère anticonstitutionnel. Celle contre
Chikowore a aussi été rejetée.
En mai, le parti au pouvoir a pris
pour cible les journalistes des médias publics considérés comme insuffisamment
zélés, en licenciant Henry Muradzikwa, directeur exécutif de la Zimbabwe
Broadcasting Corporation (ZBC) et en suspendant sept autres employés. Puis, le
porte-parole du Président, George Charamba, a ordonné aux médias d'Etat de
bloquer les publicités électorales du MDC et les éditoriaux favorables à
l'opposition, selon la presse. Happison Muchechetere, le fidèle de Mugabe nommé
à la tête des médias d'Etat, s'est assuré d'une programmation pro-Mugabe. Fin
juin, ces médias ne diffusaient que des publicités favorables au Zanu-PF et
offraient une couverture limitée de la violence politique à travers le pays,
selon l'organisme indépendant Projet de monitorat des médias au Zimbabwe.
Le harcèlement et la détention de
journalistes ont baissé après la médiation post-électorale, bien que les médias
d'Etat aient continué leur rhétorique anti-MDC et que la brutalité policière
ait perduré. En juillet, le photographe de l'agence Associated Press,
Tsvangirai Mukwazhi, a été sévèrement battu par la police à son domicile
d'Harare, avant d'être provisoirement détenu au poste de police de Southerton,
selon le témoignage de journalistes au CPJ. La police a accusé le photographe
de « jeter le discrédit sur le pays », mais elle n'a émis aucune
charge contre lui.
Le naufrage économique du pays a
affaibli un peu plus la presse indépendante. Moins de journaux indépendants ont
été distribués dans un environnement propice aux pénuries en équipement et en
imprimerie, selon l'éditeur de The
Standard, Raphael Khumalo. Simultanément, le gouvernement a continué de
subventionner les médias d'Etat.
SYNTHESES PAR PAYS
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