Des médias privés comme le Groupe des
médias rwandais indépendants (RIMEG), qui publie Umuseso, le journal en anglais Newsline,
ainsi que le tabloïd sur le sport et les spectacles Rwanda Champion, ont à peine réussi à imprimer au cours de l'année,
selon le témoignage au CPJ d'un de ses dirigeants. Charles Kabonero, directeur
de Rimeg et rédacteur en chef d'Umuseso,
a dit que le déficit de recettes publicitaires contraignait la société à ne
publier que de façon sporadique.
L'hebdomadaire en kinyarwanda Umuco a fermé après que son fondateur et rédacteur en chef a fui le
pays pour éviter des persécutions à la suite d'un
article d'opinion publié en mars et critiquant le président Paul Kagamé.
Bonaventure Nizumuremyi avait écrit que les jours de Kagamé dans ses fonctions
étaient comptés à cause des actes d'accusation pour génocide dressés par un
juge espagnol à l'encontre de 40 officiers des Forces de défense rwandaises -
des poursuites engagées selon le principe de la « compétence
universelle ». L'éditorial suggérait que Kagamé serait déféré devant un
tribunal pénal international, contraint de vivre en exil ou de se suicider comme
Hitler.
Le gouvernement et les médias d'Etat
ont réagi instantanément et sévèrement. Bizumuremyi a fui juste avant que la
police n'investisse son domicile dans la capitale Kigali, selon des
journalistes locaux. Le Haut conseil des médias a suspendu l'accréditation de
Bizumuremyi ainsi que sa publication pour un an, a rapporté le quotidien
progouvernemental New Times. Un
concert de condamnations a jailli des médias publics. L'hebdomadaire
progouvernemental Focus a comparé
Bizumuremyi à Hassan Ngeze, journaliste rwandais condamné à 35 ans de prison
pour son rôle dans l'incitation au génocide en 1994.
En juillet, Furaha Mugisha,
responsable de la rédaction à Umuseso,
a été expulsé du fait qu'il serait de nationalité tanzanienne. Mugisha, qui
détient un passeport et une carte d'identité rwandaise mais est né comme
réfugié en Tanzanie, a indiqué au CPJ que son expulsion pourrait être due à un
article dans Umuseso à propos de
l'enquête bloquée sur l'assassinat d'un dirigeant de l'opposition.
La ministre de l'Information Louise Mushikiwabo a déployé une approche antagoniste avec la presse. En mai, à Kigali, durant une cérémonie officielle célébrant la Journée mondiale pour la liberté de la presse, elle a expulsé trois rédacteurs en chef de journaux privés en kinyarwanda.
Jean Grober Burasa de Rushyashya, Jean Bosco Gasasira de Umuvugizi et Kabonero de Umuseso, ont ainsi été écartés sans
explication. Le thème de l'événement était « la liberté de
l'information ».
Plus troublant, la ministre a déclaré
en août que les journalistes travaillant pour la BBC et la Voix de l'Amérique
(sigle VOA en anglais) produisaient « des émissions qui détruisent le
tissu social rwandais », selon des médias locaux et internationaux. Le
mois suivant, Mushikiwabo a menacé de suspendre la BBC et la VOA « si
elles ne pouvaient pas répondre favorablement aux avertissements du
gouvernement pour abandonner leurs reportages non factuels », selon la
presse.
De telles accusations voilées peuvent
être lourdes de sens au Rwanda. L'ombre laissée par Radio-Télévision Libre des
Mille Collines, dont les émissions incendiaires avaient alimenté le génocide en
1994, continue de planer sur les médias nationaux, entraînant une autocensure.
Au cours des années, le gouvernement et ses partisans ont souvent invoqué les
médias de la haine en réponse à une couverture critique. Les arrestations de
journalistes sur de vagues accusations liées au génocide ont néanmoins diminué,
aucune n'ayant été enregistrée en 2008. Dominique Makeli, ancien journaliste à
la radio d'Etat, a été libéré après 14 ans de prison sur de fallacieuses
charges d'incitation au génocide.
Le gouvernement, qui se plaint du manque de professionnalisme des journalistes, a fait de la formation un enjeu. La loi sur la presse qui, fin 2008, attendait la signature de Kagamé, exigerait des journalistes qu'ils obtiennent un diplôme universitaire ou un certificat en journalisme pour recevoir une accréditation de presse délivrée par le gouvernement. Les affirmations du pouvoir à propos du niveau de formation ne sont pas entièrement non fondées.
En avril, une étude de l'université
canadienne Carlton a conclu que seulement 10 % des journalistes en activité avaient reçu
une formation professionnelle. Néanmoins, les critiques du gouvernement
remarquent que faire dépendre l'accréditation d'un niveau d'éducation établi par l'Etat ouvrirait la porte à de
nouveaux obstacles.
Le président de l'Association des
journalistes rwandais, Gaspard Safari, a loué les dispositions de la loi qui
garantissent l'accès à l'information publique, mais a déclaré que ces progrès
étaient sapés par d'autres mesures comme, par exemple, celles interdisant de
critiquer le Président ou l'armée et contraignant les journalistes à révéler
leurs sources devant un tribunal. « Ce n'est pas une loi mais une condamnation
à mort pour le journalisme dans ce pays », a déclaré Gasasira, rédacteur
en chef d'Umuvugizi.
Kagamé est demeuré un favori des
gouvernements occidentaux, dont beaucoup semblent vouloir fermer les yeux sur
les carences de la liberté de la presse au Rwanda. La Grande-Bretagne, par
exemple, a promis l'équivalent de 100 millions de dollars d'aide annuelle pour
la décennie à venir avec seulement « une faible conditionnalité »,
selon The Economist. Les relations
tendues avec la France sont une exception notoire. Rose Kabuye, haut
conseillère du Président, a été arrêtée en novembre sur la base d'un mandat
d'arrêt français l'accusant d'être impliquée dans l'attentat de 1994 contre
l'avion du président Juvénal Habyarimana qui a contribué à déclencher le génocide.
SYNTHESES PAR PAYS
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