Les forces de sécurité gouvernementales ont intimidé et harcelé les journalistes critiquant la gestion du gouvernement, notamment les commentateurs politiques animant les nombreux et populaires talk shows radiophoniques. Les lois sur la diffamation et sur la sédition ont été les armes principales de l'offensive juridique du gouvernement contre la presse, bien qu'une affaire pendante devant la Cour suprême laisse un espoir que ces textes soient déclarés anticonstitutionnels.
Des dispositions du code pénal formulées en termes vagues ont fourni
au gouvernement d'autres moyens pour intimider les journalistes. En 2002,
Mwenda et l'Institut sur les médias d'Afrique de l'Est ont contesté le
caractère constitutionnel de la loi, plaidant que les dispositions du code
pénal sur la sédition, le sectarisme, la diffamation pénale vont à l'encontre
de l'article 29 de la Constitution ougandaise, qui garantit la libre expression
et la liberté de la presse. Bien que cette requête soit toujours pendante, elle
s'est avérée utile aux journalistes tout au long de l'année 2008.
Dans plusieurs affaires, les juges ont
sursis à statuer sur la poursuite de journalistes sous le coup de cette loi, en
attendant qu'une décision soit rendue sur sa constitutionnalité. Dans une
affaire très couverte impliquant l'inspectrice générale du gouvernement, la
juge Faith Mwonda, celle-ci a déposé une plainte en diffamation contre quatre
journalistes du Daily Monitor après
qu'ils se sont interrogés sur son salaire. En février, la cour a sursis à
statuer jusqu'à la décision de la Cour suprême.
Les journalistes ont fait de cette
réforme une affaire publique. « A travers l'usage de lois aussi archaïques
et répressives, le pouvoir exécutif a souvent foulé aux pieds les droits des
journalistes », a écrit l'Association de la presse parlementaire
ougandaise dans un communiqué publié le 3 mai, journée mondiale de la liberté
de la presse. « Même si beaucoup d'affaires ont été tranchées en notre
faveur, le résultat des interrogatoires de police et des détentions opérées à
cause d'articles que nous avons publiés a été l'autocensure, un crime plus
grave encore. »
Le président Yoweri Museveni et son
parti du Mouvement de la résistance nationale ont adopté une attitude
intransigeante vis-à-vis de la presse. Museveni, qui devrait se présenter à un
septième mandat en 2011, a fait face à de plus en plus de critiques sur la
longueur de son règne. « Un journal n'a pas le droit d'abîmer notre
avenir », a-t-il déclaré dans son discours national télévisé à l'occasion
de l'ouverture de la session parlementaire, en juin. « On publie une
fausse histoire et, immédiatement, elle se retrouve sur Internet et partout à
travers le monde. On n'a pas ce droit. » Avec treize agences de
renseignements sous sa coupe, son gouvernement entend user de ses moyens de
pression.
En avril, le commandement des
renseignements militaires a fait une descente au domicile de Mwenda et dans les
locaux de The Independent, saisissant
des documents, des ordinateurs et des dizaines de disquettes. Les agents ont
détenu Mwenda, le rédacteur en chef Odobo Bichachi et le reporter John Njoroge
après avoir trouvé « des matériaux séditieux », selon les
déclarations de la porte-parole Judith Nabakooba au CPJ. Les journalistes ont
été libérés sous caution. Fin 2008, aucune inculpation n'avait eu lieu. Les
agents ont lié ces arrestations à deux articles publiés en avril qui étaient
critiques envers l'armée ougandaise, selon l'avocat du journal, Bob Kasango. En
mai, l'affaire a été ajournée jusqu'à la résolution du point de droit
constitutionnel, selon le Syndicat des journalistes ougandais.
Le paysage médiatique ougandais est
varié. Une chaîne de télévision d'Etat et une poignée de stations privées
atteignent les quelque 20 % de la population ayant la télévision, selon
Internews, organisation faisant de la formation pour les médias. Deux
importants quotidiens en langue anglaise, le Daily Monitor (privé) et le New
Vision (propriété de l'Etat) et quatre journaux en langues locales
dominent le marché. Deux journaux indépendants, The Weekly Observer et The
Independent, ont percé en tant que publications au ton libre.
La radio demeure cependant le média le plus populaire. Plus de 90 stations de radio
existent à travers le pays, bien que seules la Société de diffusion ougandaise
(publique) et Star FM (privée) aient une diffusion nationale. La plupart des
radios FM privées sont détenues par des partisans du gouvernement ou des
personnes affiliées à celui-ci, d'après une étude de l'Institut sur les médias
en Afrique de l'Est en 2008.
Malgré cela, les représentants de
l'Etat se sont montrés sensibles aux commentaires politiques dans les talk
shows radiophoniques. En octobre, Ibrahim Nganda, du Weekly Observer, a encouru une peine potentielle de huit ans de
prison pour des propos tenus dans l'émission « Mambo Bado », sur une
radio locale. Selon Nganda, il avait critiqué la réticence du gouvernement à
assurer la sécurité lors du voyage d'un chef traditionnel du royaume du
Buganda. A cause de ce commentaire, il a été poursuivi pour sectarisme et
incitation à la violence. La police l'a aussi interrogé pour ses propos dans le
« Capital Gang Show », où il avait demandé pourquoi les agents de la
sécurité sont habituellement originaires de la même région que le Président.
En octobre également, le commentateur
Geoffrey Ssebagala a été menacé et rossé par des hommes non identifiés peu
après avoir commenté sur un talk show en direct, sur Metro FM, l'exercice
présumé de la torture dans les centres de détention de l'armée. Ssebagala,
coordinateur du Réseau des droits de l'homme pour les journalistes, a
brièvement quitté le pays après l'agression.
« Les gens disent beaucoup de
bêtises sur ces radios », a dit Museveni lors d'une apparition publique en
juillet rapportée par le Daily Monitor.
« Ils sont très malveillants et ceci est inacceptable. (...) On les fera
cesser. »
Par deux fois, en janvier et en août,
la police a interrogé des journalistes travaillant pour Central Broadcasting
Service, une radio communautaire possédée par le royaume du Buganda, au centre
du pays. Ce royaume, constitué autour d'une communauté ethnique, s'est trouvé
entraîné dans une querelle foncière avec le gouvernement qui est devenue un
sujet régulier de discussion sur les radios.
Les techniques d'intimidation
utilisées par le pouvoir ont suscité l'autocensure au sein de beaucoup de
radios rurales, selon Rachel Mutana, rédactrice en chef du Réseau radiophonique
d'Ouganda, un groupe de radios communautaires. « Dans de nombreuses
stations, il existe un sentiment d'impuissance », dit-elle, « une
radio [qui] opère avec 100 ou 200 dollars par mois ne songe même pas à prendre
un avocat ; alors, quand elle voit un géant comme le Monitor être harcelé par l'Etat, elle tremble de peur. »
Life FM, une station basée dans la
ville occidentale de Fort Portal, n'a pas tremblé, elle. A partir de début
janvier et pendant trois mois, les autorités ont bloqué la diffusion des deux
programmes politiques de la station, « Tweraneho » (Battons-nous pour
nous-mêmes) et « Ensonga Ha Nsonga » (De raison en raison). Le
commandant régional de la police, Martin Abil, a aussi donné l'ordre
d'incarcérer le modérateur et cinq invités pendant deux jours, a dit au CPJ le
directeur de la station Patrick Nyakahuma. La police a affirmé que les
émissions encourageaient la violence contre un parlementaire du coin, selon
l'avocat de la défense Musana Johnson. La station a porté cette affaire devant
les tribunaux et a obtenu gain de cause, en mars, quand un juge a conclu que la
police avait agi en dehors de la loi sur les médias et de la Constitution.
En juillet, des membres présumés des
forces de sécurité ont fait irruption dans les locaux du quotidien populaire Red Pepper après que celui-ci ait publié
une série d'articles sensibles sur les renseignements militaires, selon le
directeur de la rédaction, Arinaitwe Rugyendo. Au moins dix hommes armés de
mitraillettes AK-47 ont investi les bureaux du journal et mis le feu au
générateur et à la machine à imprimer, a raconté Rugyendo. Le système de vidéo
de surveillance montre que les véhicules utilisés et les habits des agresseurs
sont pareils à ceux des forces de sécurité du gouvernement. Le ministre de
l'Information Kirunda Kivenjinja a déclaré au CPJ que toutes sortes de gens
pourraient avoir mené l'attaque car le journal n'est « pas
professionnel » et « marche sur les pieds de beaucoup de
monde ».
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